26 mars 2009

(Le présent article fait partie de la revue électronique eJournalUSA sur l'action non violente en faveur du changement social, dont la version française doit paraître prochainement.)
La liberté d’expression est un sujet auquel les écrivains attachent d’ordinaire de l’importance. La femme de lettres américaine Francine Prose, elle, pousse son engagement plus loin encore. Depuis 2007, elle est présidente du Centre américain PEN, la section aux États-Unis de l’association PEN International, fondée en 1921, qui a la distinction d’être le plus vieil organisme de défense des lettres et des droits de l’homme au monde.
Mme Prose ajoute ainsi son nom à une liste d’écrivains distingués qui ont apporté au fil des ans leur concours au centre PEN américain, tels les dramaturges Arthur Miller et Eugene O’Neill, les essayistes Susan Sontag et James Baldwin, les romanciers Thomas Mann et John Steinbeck et les poètes Allen Ginsberg et Robert Frost.
Née en 1947, elle est une femme de lettres respectée qui a établi sa renommée en tant qu’auteur d’ouvrages de fiction, d’essais littéraires et de commentaires sur des questions d’intérêt public. En outre, elle travaille dans l’édition et l’enseignement. Bien accueillis par les critiques, ses romans reflètent tout un éventail de thèmes éclectiques : les milieux universitaires (Blue Angel), l’intolérance et la grâce (Un homme changé) et, tout récemment, le roman initiatique avec Goldengrove, qui décrit la maturation d’une jeune fille. Le titre de son dernier ouvrage en date, Reading Like A Writer : A Guide for People Who Love Books and for Those Who Want to Write Them, est le reflet de deux de ses passions, la lecture et l’écriture.
Avec les plus de 3.300 professionnels qui en sont membres, le centre américain PEN forme la plus grande des 144 sections de PEN International, réparties dans 99 pays. Dans ses statuts, PEN International déclare avoir pour mission de « défendre le principe de la libre circulation des idées entre tous les pays ». En outre, elle a (…) le devoir de s’opposer à toute restriction de la liberté d’expression (…) et se déclare (…) contre l'arbitraire de la censure ».
Le centre américain PEN a critiqué le gouvernement des États-Unis sur la question de la protection des renseignements personnels et de la surveillance judiciaire. Ainsi s’est-il associé aux associations qui représentent les bibliothécaires, les libraires et les auteurs pour demander la modification de la loi PATRIOT promulguée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, de manière à mieux protéger la vie privée des Américains. Il a de même tiré à boulets rouges contre la loi qui confère au gouvernement des États-Unis des pouvoirs accrus en matière de surveillance électronique, la qualifiant d’abandon inutile des protections constitutionnelles contre les mandats et les perquisitions non motivés.
Sous la houlette de Mme Prose, le centre américain PEN a poursuivi vigoureusement sa campagne visant à défendre et à protéger les écrivains du monde entier. Mme Prose s’est montrée particulièrement critique à l’égard de la Chine dont elle a déploré non seulement « les restrictions suffocantes » imposées aux organes de presse qui tentaient de couvrir les remous au Tibet en 2008, mais aussi son refus d’honorer sa promesse concernant l’accès libre et total de la presse pendant les jeux Olympiques de Pékin.
Tous les ans, le 15 novembre, PEN International organise la Journée mondiale des écrivains en prison « pour rendre hommage au courage de tous les écrivains qui tiennent tête à la répression et qui défendent la liberté d’expression ». En 2008, PEN a mis en vedette cinq d’entre eux :
§ Eynulla Fatullayev, journaliste de l’Azerbaïdjan, qui purge une peine de prison à cause de ses écrits sur la politique et de son enquête sur l'assassinat d’un journaliste,
§ Tsering Woeser, en Chine, femme écrivain et poète qui « a subi des harcèlements répétés et soutenus à cause de ses écrits sur le Tibet »,
§ Mohammad Sadiq Kabudvand, en Iran, journaliste et militant en faveur des droits des Kurdes, aujourd’hui en prison,
§ Melissa Rocia Patiño Hinostroza, au Pérou, étudiante et poète actuellement en jugement pour liens terroristes présumés, en dépit de l’absence de preuves tangibles,
§ les écrivains, les acteurs et toute l’équipe qui a produit au Zimbabwé la pièce de théâtre Le crocodile de Zambezi, laquelle a été interdite, tandis que les personnes associées à sa production ont été menacées et rouées de coups.
« L’action que mène le réseau PEN pour faire progresser la littérature et promouvoir une communauté mondiale d’écrivains, affirme Mme Prose, revêt une importance éternelle, mais notre attachement à la liberté d’expression – à la garantie des droits de l’homme et à la volonté de sauver la vie de gens de lettres à travers le monde, à la protection de la liberté ici et à l’étranger, à la lutte contre les incursions de l’État dans la vie privée des lecteurs et à notre action dans les prisons et les écoles – n’a jamais paru si important et si profondément nécessaire. »
Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.