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26 mars 2009

Jody Williams : mines terrestres et réseaux

 
Jody William
Jody William lors d'une manifestation.

(Le présent article fait partie de la revue électronique eJournalUSA sur l'action non violente en faveur du changement social, dont la version française doit paraître prochainement.)

Il y a deux questions auxquelles Jody Williams n’échappe pas : on demande constamment à la lauréate du prix Nobel de la paix, qui a partagé cette récompense en 1997 avec la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (International Campaign to Ban Landmines ou ICBL), quelle est sa réalisation la plus durable. Est-ce le traité international d’interdiction des mines antipersonnel ? Ou est-ce le modèle d’un réseau mondial de citoyens engagés qu’elle a pris l’initiative de créer – et qui a donné des moyens d’action à une nouvelle génération d’organismes acquis au changement social par la non-violence ?

Peut-être n’existe-t-il pas de réponse claire à ces questions parce que ces deux réalisations sont indissociables l’une de l’autre. Ce qui est manifeste, toutefois, c’est que Mme Williams et l’ICBL ont mené à bien l’une des initiatives en faveur de la paix parmi les plus réussies de notre époque et qu’elles l’ont menée tambour battant en un temps record.

La puissance de réseaux rapides et souples est une lapalissade à notre époque de services Internet à bande large. Mme Williams et l’ICBL ont été parmi les premiers à montrer jusqu’à quel point ces réseaux mondiaux pouvaient être efficaces, tout dispersés qu’ils soient.

Dans les années 1980, des associations spécialisées dans les secours humanitaires, le développement et les soins médicaux commencent à se rendre compte que de vastes superficies – des Balkans et du Moyen-Orient à l’Afrique et à l’Asie du Sud-Est – sont contaminées, au point d’être rendues inutilisables, par la présence de millions de mines terrestres et de munitions qui continuent de faire des victimes longtemps après la fin des conflits à l’origine de leur utilisation.

« La mine terrestre est prête à tout jamais à faire des victimes », déclare Mme Williams dans son discours d’acceptation du prix Nobel. « C’est le parfait soldat, la sentinelle éternelle. La guerre prend fin, et la mine terrestre continue de tuer. »

Six organisations non gouvernementales fondent la Campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel (ICBL) en 1992. Elles sont sagaces, persistantes – et elles ont la chance de leur côté.

Pour commencer, elles prennent soin de faire de l’ICBL une coalition souple de groupes indépendants, dépourvue d’une hiérarchie ou d’un bureau central. À la place, elles constituent un puissant réseau de communications qui s’appuie sur les techniques de pointe de l’époque : le téléphone, le télécopieur et – seulement pendant la dernière année d’existence de l’ICBL – le courrier électronique. Ensuite, elles insistent sur la conduite de travaux de recherche poussés sur le terrain pour que les faits et les chiffres avancés fassent autorité dans toute la mesure du possible. Mme Williams est elle-même l’auteur d’une étude détaillée sur les conséquences économiques et sociales de la présence d’une grande quantité de mines terrestres dans 4 pays.

Le moment choisi pour créer l’ICBL tombe à pic. La fin de la guerre froide donne aux pays l’occasion d’aborder les questions liées à la paix et à la sécurité sous un éclairage nouveau et elle fait découvrir aux citoyens qu’ils ont le pouvoir d’exiger la mise en œuvre d’une action internationale en partenariat avec le gouvernement – et non en qualité d’antagonistes ou de subordonnés.

Comme l’écrira Mme Williams plus tard, l’ICBL « galvanisa l’opinion mondiale contre les mines terrestres antipersonnel à tel point qu’en l’espace de cinq ans un traité d’interdiction claire et simple avait été négocié. Signé par 122 pays en décembre 1997, il prit force exécutoire plus rapidement qu’aucun autre document du droit international. C’est la première fois dans l’histoire qu’un traité interdit complètement une arme classique dont l’usage était répandu. »

Bien qu’ils ne soient pas partie au traité, les États-Unis demeurent le plus gros donateur d’aide au monde en matière de déminage à caractère humanitaire et ils ont interdit toutes les mines antipersonnel « persistantes ». Les États-Unis conservent uniquement les dispositifs rendus inertes au bout d’une période qui se mesure en heures ou en jours, et non en années.

Pour remarquables que soient ses réussites, l’ICBL ne se repose pas sur ses lauriers. Sous les regards vigilants de son organisme de suivi, le Landmine Monitor Report, qui surveille la conformité au Traité d’interdiction des mines, les pays ont détruit plus de 42 millions de mines stockées, dont 500.000 rien qu’en 2007. Selon le Landmine Monitor Report, les programmes de déminage ont permis de déblayer laborieusement 122 km2 en 2007, et le nombre de victimes d’accidents causés par des mines continue de baisser chaque année.

Dans un essai sur les retombées du prix Nobel, Mme Williams, qui enseigne aujourd’hui à la Graduate School of Social Work de l’université de Houston, fait le point : « Même s’il est remis en question de temps à autre, notre modèle de changement demeure une source d’inspiration pour les gens du monde entier qui ont l’intime conviction qu’en œuvrant de concert – société civile et pouvoirs publics– nous pouvons créer un monde dans lequel la sécurité humaine forme la base de la sécurité mondiale, ce qui nous apporte en retour la paix, la justice et l’égalité qui doit être le lot de chaque être humain. »

Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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