26 mars 2009

(Le présent article fait partie de la revue électronique eJournalUSA sur l'action non violente en faveur du changement social, dont la version française doit paraître prochainement.)
Qu’on soit d’accord avec elle ou non, on ne peut en tout cas douter du dévouement intransigeant de la lauréate du prix Nobel de la paix en 2003, Shirin Ebadi, à la cause des droits de l’homme et de la liberté politique.
« L’énergie et l’émotion qui émanaient de sa personne étaient telles que chaque mot résonnait à travers la salle comme le son du tambour longtemps après qu’on a arrêté d’en jouer », indique une avocate canadienne d’origine iranienne sur le site Iranica.com après avoir assisté à l’un de ses discours à Toronto.
En annonçant sa décision, le comité Nobel dira au sujet de Shirin Ebadi : « Avocate, juge, maître de conférences, femme écrivain et militante, elle a osé parler clairement et fermement dans son pays, l’Iran, et au-delà de ses frontières. Elle a assumé ses responsabilités comme la professionnelle et la personne courageuse qu’elle est et elle n’a jamais fait cas des menaces contre sa sécurité. »
Née en 1947, Mme Ebadi fait des études à l’université de Téhéran qui lui décernera plus tard un doctorat en droit qu’elle prépare tout en travaillant au ministère de la justice. Elle devient la première femme juge d’Iran et présidente du tribunal de Téhéran. Elle est contrainte de démissionner après la révolution islamique de 1979, les femmes étant jugées inaptes à exercer ces fonctions. Les autorités la relèguent au greffe du tribunal qu’elle présidait naguère.
Mme Ebadi donne sa démission pour faire une carrière d’avocate dans le secteur privé et pour mettre ses talents d’écrivain au service d’une vaste gamme de questions juridiques, notamment celles qui ont trait aux femmes, aux enfants et au droit de la famille. Elle commence en outre à traiter des affaires difficiles et potentiellement dangereuses relatives à la suppression de la liberté d’expression ainsi qu'au harcèlement, voire à l'assassinat, de réformateurs par des éléments liés aux services chargés de la sécurité.
« Son refus d’être réduite au silence et son acceptation d’affaires controversées sur le plan politique ont forcé l’admiration des associations du monde entier en faveur des droits de l’homme », a déclaré un spécialiste du Moyen-Orient à la BBC.
En dépit des menaces et du harcèlement dont elle fait l’objet de la part des pouvoirs publics, Mme Ebadi mène une campagne diversifiée en faveur des droits de l’homme, et en particulier de ceux des femmes et des enfants, dont l’écho continue de retentir à travers l’Iran et le monde. Dans son pays, elle est cofondatrice de l’Association pour le soutien des droits de l’enfant (1995) et du Centre de défense des droits de l’homme (2001). Auteur de divers ouvrages, elle poursuit ses déplacements dans de nombreux pays, notamment en Europe et aux États-Unis, où elle donne des conférences sur la justice sociale et sur le rôle des femmes dans le monde musulman.
Mme Ebadi dénonce les interventions étrangères dans les affaires de l’Iran et d’autres pays – « Je maintiens que rien d’utile ni de durable ne peut émaner de la violence » – tout en insistant sur l’universalité des idéaux de liberté et de démocracie, en particulier pour les femmes. Dans son autobiographie, parue en anglais sous le titre Iran Awakening, elle rappelle que l’ancien régime avait obligé les femmes à se dépouiller du voile alors que le nouveau gouvernement révolutionnaire avait exigé qu’elles le reprennent. « Reza Shah fut le premier dirigeant iranien, mais non le dernier, à faire de la politique sur le dos des femmes », écrit-elle.
En 2006, Mme Ebadi s’associe à d’autres lauréates du prix Nobel pour créer l’association Women’s Nobel Initiative dont la vocation est « de réunir nos expériences extraordinaires dans une démarche unie pour la paix accompagnée de la justice et de l’égalité ». Deux ans plus tard, cette association dénoncera la reprise de la campagne de harcèlement et d’intimidation par le gouvernement iranien à l’encontre de Mme Ebadi et de son organisme de défense des droits de l’homme.
En janvier 2009, Mme Ebadi s’engage devant l’organisme International Campaign for Human Rights in Iran à tenir bon : « Quelle que soit l'ampleur des pressions, dit-elle, je ne vais pas quitter l’Iran ni renoncer à mes activités en faveur des droits de l’homme. Je vais poursuivre la même voie. »
Dans son livre Iran Awakening, elle s’expliquait déjà : « Au cours des vingt-trois dernières années, depuis le jour où j’ai été démise de mes fonctions de juge (...), j’ai répété le même refrain : une interprétation de l’islam en harmonie avec l’égalité et la démocratie est une expression authentique de la foi. Ce n’est pas la religion qui unit les femmes, mais les oukases sélectifs de ceux qui souhaitent les cloîtrer. C’est cette conviction, conjuguée à celle que le changement en Iran doit s’accomplir pacifiquement et de l’intérieur, qui sous-tend mon combat. »
Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.