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26 mars 2009

Wangari Maathai : des arbres pour la paix

 
Wangari Maathai avec Barack Obama.
Wangari Maathai, à droite, plante un arbre à Nairobi (Kénya), en 2006, avec Barack Obama.

(Le présent article fait partie de la revue électronique eJournalUSA sur l'action non violente en faveur du changement social, dont la version française doit paraître prochainement.)

Avant que Wangari Maathai, la militante kényane fondatrice du « Mouvement de la ceinture verte » (Green Belt Movement ou GBM), ne se lance dans un vaste projet de reboisement et de protection de la biodiversité – ce qui lui vaudra le premier prix Nobel de la paix décerné à une Africaine – rares sont les personnes qui associent la dégradation de l’environnement aux questions des droits de l’homme et de la démocratie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

En annonçant la lauréate de ce prix en 2004, le Comité Nobel déclare que la paix sur Terre dépend « de notre capacité à sécuriser notre environnement vivant ».

Tout au long de sa carrière, Mme Maathai montre que le mouvement visant à protéger la biodiversité et à assurer un développement durable – au Kénya et dans le reste du monde – est inextricablement lié à l'encouragement de la démocratie, au respect des droits de l’homme et à la réduction de la pauvreté. Elle montre comment les petites collectivités et les démunis peuvent apporter des changements considérables à leur vie par des moyens pacifiques et non violents.

« Grâce au Mouvement de la ceinture verte, des milliers de simples particuliers se sont mobilisés et ils se sont sentis habilités à passer à l’action et à effectuer des changements », déclare la lauréate du prix Nobel dans son discours d’acceptation, en décembre 2004. « Ils ont appris à surmonter la peur et un sentiment de détresse et ils agissent de manière à défendre les droits démocratiques. »

Ces liens ne lui sautent pas aux yeux quand elle commence son combat. Au départ, planter des arbres est un moyen direct de venir en aide aux villageoises – elles qui assument le gros des responsabilités familiales – et qui ont besoin de bois de chauffe, d’un revenu d’appoint, de terres protégées contre l’érosion, d’eau potable et de récoltes abondantes.

Cependant, Mme Maathai découvre un autre résultat tout aussi important, et à long terme celui-là. Ces femmes, explique-t-elle, « sont souvent les premières à prendre conscience des dégâts causés à l’environnement quand les ressources se font rares et qu’elles ne suffisent plus à faire vivre leur famille ».

Dans son autobiographie, Unbowed, Mme Maathai évoque le paysage de son enfance, luxuriant et fertile. « Les saisons, écrit-elle, étaient si régulières que l’on pouvait pratiquement prédire que les longues pluies de la mousson arriveraient à la mi-mars. »

Au fil des décennies, elle remarque cependant que les saisons deviennent imprévisibles et que la croissance démographique et l'exploitation à outrance par des pouvoirs publics souvent corrompus, insensibles aux besoins des pauvres et du monde naturel, ont ravagé le pays.

Après avoir planté plus de 40 millions d’arbres et établi un réseau panafricain dans le cadre du GBM, Mme Maathai et son mouvement ont aujourd’hui compris que le souci de l’environnement est lié aux questions plus vastes que sont la bonne gouvernance et la protection des droits de l’homme.

Titulaire de diplômes obtenus aux États-Unis et d’un doctorat que lui a décerné l’université de Nairobi, Mme Maathai est arrêtée, emprisonnée et battue quand sa campagne populaire prend pour cible la corruption endémique des pouvoirs publics – et en particulier le projet de construction d’une tour de bureaux en plein cœur du parc Uhuru, à Nairobi.

Mais c’est elle qui l’emporte. Elle est élue au Parlement en 2002 et elle est aujourd’hui ministre adjointe de l’environnement, des ressources naturelles et de la faune et de la flore sauvages.

Dans son discours d’acceptation du prix Nobel, Mme Maathai souligne que le Mouvement de la ceinture verte ne se souciait pas au départ des questions politiques. Toutefois,  « il devint vite apparent que la gouvernance responsable de l’environnement était impossible en l’absence d’un cadre démocratique. L’arbre devint un symbole du combat démocratique au Kénya (…)  Au fil du temps, il devint aussi un symbole de paix et de règlement de conflits. »

Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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