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19 mars 2009

La raison mise au service de la lutte contre la violence religieuse en Inde

L'initiative SPRAT vise à promouvoir la cohabitation pacifique entre hindous et musulmans dans le Gujarat.

 
Le parc Muskaan dans l'État de Gujarat (Inde)
Le parc Muskaan, entièrement construit à partir de matériaux recyclés, est adjacent à des quartiers hindou et musulman.

Washington - En 2002, des violences entre hindous et musulmans dans l'État de Gujarat en Inde avaient entraîné la mort de 790 adeptes de l'islam et de 254 pratiquants de l'hindouisme, et fait 150.000 déplacés. Le Gujarat ne s'en est pas encore remis et les tensions demeurent vives à ce jour. Pourtant, ces sentiments d'impuissance et de désespoir ont conduit Hasan Jowher à vouer sa vie à apporter de l'harmonie et du respect à sa collectivité troublée.

M. Jowher, qui habite à Ahmadabad, a raconté à America.gov comment des extrémistes hindous avaient mis le feu à son bureau, une nuit, lors des émeutes de 2002. Alors qu'il était resté éveillé et entendait les appels à l'aide des victimes, il réfléchissait sur la perte de son entreprise et sur l'inaction des autorités de l'État de Gujarat alors que des musulmans se faisaient tuer.

« Une nouvelle façon de penser a germé dans mon esprit cette nuit-là », a dit M. Jowler. Bien que le bureau n'ait pas été détruit, envisager cette destruction potentielle « m'avait mené à penser que si je pouvais accepter de perdre le fruit de neuf ans de dur labeur, alors cela ne devait pas avoir tellement d'importance pour moi, et... à quoi bon amasser une fortune matérielle si vous ne pouvez pas en profiter ? »

En même temps, « cette prise de conscience de la perte de dignité, de l'insécurité totale et de devoir vivre sous des influences incivilisées était plus que je ne pouvais supporter. C'était une humiliation totale. » M. Jowler était scandalisé par le fatalisme et l'inertie qu'il voyait chez ses coreligionnaires musulmans, qui représentent seulement 9 % de la population à prédominance hindoue du Gujarat. « Ils semblaient avoir accepté de souffrir. »

La Société pour la promotion de la rationalité (SPRAT) de M. Jowler, dont il est président, a été fondée pour encourager et enseigner la méthode rationnelle de pensée. Après la violence qui avait éclaté dans le Gujarat, et qui « avait été un tournant dans ma vie », a dit M. Jowler, la mission de SPRAT a été reformulée avec « la résolution d'œuvrer en faveur de l'harmonie collective, de défier la violence sous toutes ses formes, et d'examiner les moyens de prévenir les actes de violence en masse ».

Avec cette nouvelle détermination, la SPRAT a commencé par faire le nécessaire pour fournir de l'aide et de l'hébergement à ceux que les émeutes avaient privés de leurs foyers ; puis elle a œuvré pour établir des réseaux de soutien mutuel dans des domaines tels que la microfinance, la formation professionnelle et l'éducation - non seulement pour améliorer les possibilités d'emploi des groupes marginalisés mais aussi pour promouvoir une mentalité plus laïque et rationnelle.

« Je suis rationaliste », a affirmé M. Jowler. « Je m'inspire de l'amour et de la compassion du guide spirituel de l'indépendance de l'Inde Mohandas Gandhi », mais pas de ses croyances spirituelles.

« Je n'ai jamais trouvé de communautarisme ni de désir de détruire les autres parmi les gens ordinaires », a dit M. Jowler. « Ce sont seulement ceux qui ont un intérêt et un mobile particuliers, surtout dans la classe politique, qui commettent des actes de violence à dessein. »

M. Jowler a souligné qu'il veut encourager les gens à s'éloigner de l'adhésion aveugle aux dogmes religieux et de former leurs propres opinions en se fondant sur une analyse scientifique, une étendue d'informations et la mise en question des idées reçues. « Le refrain commun est la raison », affirme-t-il.

Des participantes à une formation offerte par l'association SPRAT
SPRAT offre des formations d'alphabétisation et professionnelles adaptées aux besoins des femmes et enfants les plus vulnérables.

Les activités d'éducation et de récréation rassemblent hindous et musulmans

Bien que de nombreux programmes aient été mis au point pour servir la communauté musulmane, environ 40 % de ceux qui en profitent sont hindous ; c'est le cas notamment des programmes éducatifs de la SPRAT, qui offrent des cours d'alphabétisme et d'anglais. M. Jowler précise que 90 % du personnel de la SPRAT sont hindous.

« Mon approche immédiate envers les hindous a été de leur présenter une image alternative des musulmans, pour éliminer les préjugés et donner une voix à la bonne majorité silencieuse », dit-il.

L'un des projets conjoints les plus visibles a été la création du parc de récréation Muskaan à Ahmadabad sur un terrain autrefois utilisé par les forces de sécurité de l'État de Gujarat.

« Ce site particulier a été choisi précisément parce qu'il représente la soi-disant frontière entre un grand quartier hindou, d'un côté, et un grand quartier musulman, de l'autre, un endroit devenu notoire à cause des conflits », a ajouté M. Jowler.

Le parc a été construit entièrement au moyen de matériel recyclé, par exemple des pneus de voiture et de la ferraille, collecté de sources publiques et privées, de même que de matériel fourni par les voisins hindous et musulmans de ce parc qu'ils ont bâti tous ensemble.

« Nous avons travaillé comme des ouvriers au cours de l'été à Ahamadabad, sous un soleil brûlant », se souvient M. Jowler.

Le parc a été construit de manière à offrir uniquement des activités de récréation pour les jeunes. Il n'y a pas de bancs pour s'asseoir, ce qui aurait encouragé certains à roder et créé des occasions de se quereller.

« Il peut sembler un peu claustrophobe, mais c'est à dessein. C'est la première tentative d'inviter deux collectivités en conflit à se rassembler », a indiqué M. Jowler. Une fois qu'elles en auront l'habitude et recevront de nouveaux fonds, d'autres parcs avec des espaces ouverts pourraient être construits. »

M. Jowler a ajouté qu'il est maintenant résolu à travailler pour le bien social à plein temps, mais cela lui a coûté sur le plan personnel ; son dévouement à la SPRAT l'a éloigné de sa famille.

« Rien d'autre, comme activité importante, ne compte pour moi maintenant », a affirmé M. Jowler, ajoutant que sa confiance dans la bonne volonté des gens ordinaires « n'a jamais vacillé ».

Quand des gens ordinaires prennent part à des actes de violence, c'est surtout une réaction spontanée, dit-il. « Et très souvent la violence d'aujourd'hui est aussi le repentir de demain », a souligné M. Jowler.

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