06 mars 2009
La tournée aux États-Unis du chanteur de rap Emmanuel Jal, qui est originaire du Soudan.

Washington - Un ancien enfant soldat qui a participé à la guerre civile au Soudan est devenu un chanteur de rap et un militant qui se sert de ce qu'il a vécu au travers de sa musique et d'un documentaire intitulé War Child pour toucher la vie des autres et pour encourager la paix et l'instruction dans son pays d'origine.
Lors d'une réunion organisée en février, à l'université Howard de Washington, pour la signature de son livre, des étudiants curieux ont bombardé de questions Emmanuel Jal au sujet de sa vie d'enfant soldat et ont été récompensés par l'interprétation impromptue de sa chanson Emma qui figure sur son dernier album.
À l'âge de six ans, Emmanuel Jal a été envoyé en Éthiopie dans une école qui s'est révélée être un camp d'entraînement de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA). Amers et désireux de prendre leur revanche, de nombreux enfants ont pris part à cette formation destinée à leur permettre de lutter contre leurs homologues arabes et musulmans du Nord, qui étaient considérés comme l'ennemi.
Sept ans plus tard, il a réussi à quitter ce camp avec d'autres enfants et à aller à Waat au Soudan où il a rencontré son « ange gardien », la Britannique Emma McCune qui travaillait pour un organisme d'aide. Il est parti avec elle pour commencer une nouvelle vie, mais cette possibilité a disparu lorsqu'Emma McCune a péri dans un accident d'automobile au Kénya.
À la suite de cette tragédie, il a trouvé une nouvelle inspiration. « La musique m'a servi de thérapie. J'écrivais des pages d'histoire et je ne savais pas comment elles allaient être reçues », a-t-il dit à America.gov.
Dix ans plus tard, après avoir fait des études au Kénya et s'être installé en Grande-Bretagne, Emmanuel Jal chante des chansons qui s'élèvent contre la violence, qui rejettent le tribalisme, qui encouragent la paix et qui prônent l'instruction des jeunes. Il mène maintenant un nouveau combat ; il lutte contre la violence au moyen de la musique.
« La musique est la seule chose qui peut parler à votre intelligence, à votre cœur, à votre âme, à vos cellules et vous influencer sans trop de difficulté », a-t-il dit au sujet de sa nouvelle arme. « Je mets mon combat en musique pour deux raisons : pour amoindrir ma colère et la transformer en quelque chose de positif et parce que je veux transmettre un message aux gens. Au tout début je le faisais parce que c'était amusant et sain ; maintenant ce message atteint les gens. »
En 2005, il a fait équipe avec le chanteur Abdel Gadir Salim pour produire son album Ceasefire, qui comprend une nouvelle version de son grand succès « Gua ». Cet album a été le premier produit par un chanteur chrétien de hip-hop avec un chanteur arabe musulman traditionnel, deux personnes qui représentaient les deux camps de la guerre. Interprétées en six langues, les chansons de cet album allient l'ancien et le nouveau pour prôner un commencement original.
Dans les chansons « Gua » et « Elengwen », Emmanuel Jal plaide en faveur de l'entente, de la cessation de la violence et du rétablissement de la paix. Il estime que les Soudanais eux-mêmes ne sont pas la source de la violence, mais plutôt les grands gisements de pétrole que possède le pays.
Patience et espoir
Le parcours d'Emmanuel Jal a été une épreuve empreinte de patience et une leçon d'acceptation.
« Le cessez-le-feu, a-t-il dit, a offert la possibilité de pardonner à la population du Nord ainsi que la possibilité de s'exercer à travailler avec les musulmans. Maintenant je suis plus ouvert aux relations avec des musulmans parce que je me suis rendu compte que la guerre au Soudan n'avait rien à voir avec les musulmans et les chrétiens. La religion a constitué le moyen d'opprimer la population. »
Son album a remporté un très grand succès, en particulier au Soudan. La raison de ce succès ? « C'est parce que j'ai dit la vérité. Je parlais des choses que j'avais vues, et les gens pouvaient comprendre ce que je disais. »
L'instruction est aussi une autre de ses grandes causes, a-t-il dit, car l'ignorance constitue un autre obstacle à la paix. « L'instruction est très importante. Lorsqu'on est instruit, on a appris tant de choses que l'on peut s'en servir pour faire des choix et pour décider de sa vie. » Son prochain projet est le financement d'une école dans sa ville natale de Leer en honneur d'Emma McCune. « Je ne prends pas de petit-déjeuner ni de repas à midi tant que je n'aurai pas rassemblé 300.000 dollars pour construire une école au Soudan. Tout l'argent que j'économise en sautant tous ces repas sert à acheter des briques pour la construction de l'école. »
En définitive, Emmanuel Jal veut que sa musique offre une alternative à la violence et qu'elle inspire de l'espoir. « Ce que j'ai, c'est un message d'espoir. Je prêche un message de paix en me fondant sur mon expérience et sur les problèmes qui existent dans mon pays. Je tiens à offrir l'espoir aux gens qui se démènent que tout est possible et au moins à inspirer quelqu'un à s'intéresser à la vie d'une autre personne. Il a fallu qu'une simple personne qui travaillait pour un organisme d'aide s'intéresse à moi pour que je puisse être ici aujourd'hui. »
Emmanuel Jal fait actuellement une tournée aux États-Unis pour faire connaître son album, son livre et son documentaire, qui portent tous le titre anglais War Child, ainsi que pour recueillir des fonds destinés à la construction de son école. Il a exprimé l'espoir que sa tournée lui permettra de transmettre son message à un grand nombre d'Américains.