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28 janvier 2009

L'Internet devient un champ de bataille pour les journalistes

Des groupes œuvrent à mettre un terme aux attaques contre les journalistes en ligne.

 
Un internaute chinois.
Un webcafé à Pékin. Les défenseurs de la liberté de presse estiment que le niveau de censure en Chine figure parmi les plus hauts.

Washington - Les journalistes en ligne sont de plus en plus fréquemment intimidés ou emprisonnés par des gouvernements qui cherchent à réduire les dissidents au silence à mesure que le pouvoir et l'influence de l'Internet augmentent, indiquent à America.gov des représentants de groupes mondiaux de défense des journalistes.

Clothilde Le Coz, chef du bureau chargé de la liberté sur l'Internet à Reporters sans frontières, organisme basé à Paris, note que chaque année, « des gouvernements répressifs acquièrent de nouveaux outils qui leur permettent de contrôler l'Internet et de suivre la piste des données en ligne. »

Selon Mme Le Coz, l'Internet « se transforme progressivement en un champ de bataille ouvert aux citoyens ayant des critiques à formuler et aux journalistes censurés dans les médias traditionnels », c'est-à-dire les journaux et les médias électroniques. L'Internet « représente une menace pour les pouvoirs en place qui ont l'habitude de gouverner comme ils l'entendent, en toute impunité ».

Les gouvernements tentent de jouer la carte de l'intimidation en réprimant les journalistes en ligne, dit Le Coz. Plus le nombre de personnes emprisonnées pour leurs publications en ligne augmente, moins nombreux seront ceux qui publieront par crainte de subir le même sort.

Le groupe de Mme Le Coz note dans son Rapport annuel 2008 sur la liberté de la presse que les « activités prédatrices » à l'encontre des journalistes en ligne augmentent et que parallèlement, les incarcérations et les assassinats de journalistes de la presse traditionnelle reculent.

Dans sa liste des « Ennemis de l'Internet » de 2008, Reporters sans frontières affirme qu'à Cuba, deuxième sur la liste après la Chine, une personne utilisant l'Internet peut être condamnée à une peine allant jusqu'à 20 ans de prison pour avoir publié une article « contre-révolutionnaire » sur des sites étrangers et à 5 ans d'emprisonnement pour s'être illicitement connectée.

Reporters sans frontières organisera le 12 mars une Journée de la libre expression en ligne pour lutter contre la censure en ligne.

La répression en ligne : un message qui fait peur

Robert Mahoney, directeur adjoint du Comité de protection des journalistes (CPJ) basé à New York, dit que la répression des journalistes en ligne a de graves répercussions sur l'ensemble de la presse.

Dans de nombreux pays, dit-il, l'Internet a permis aux journalistes d'atteindre un public nouveau. Étant donné que les gouvernements ont la mainmise sur les médias traditionnels, « nombreux sont ceux qui ont fait preuve d'optimisme » lorsque l'Internet a offert une nouvelle plateforme aux journalistes, dit M. Mahoney.

Tandis que les journalistes disposent pour leur part de moyens d'expression accrus, les gouvernements cherchent de leur coté à contrôler et à supprimer l'accès de ces derniers aux nouvelles technologies, ce qui aura un effet désastreux sur de nombreux journalistes de pays où la presse devrait être libre ou plus libre », note Robert Mahoney.

La répression des journalistes en ligne, dit-il, est le signe d'un gouvernement qui « ne souffre aucune opposition à sa politique d'information et où ceux qui pratiquent le journalisme indépendant et critique seront assimilés aux dissidents politiques et emprisonnés pour être réduits au silence ». Une telle répression, affirme M. Mahoney, sert d'« avertissement pour ceux qui veulent suivre cet exemple. C'est le sort réservé aux dissidents en ligne qui dépassent les bornes. »

Son organisation indique dans son rapport du mois de décembre 2008 qu'au moins 56 journalistes en ligne sont emprisonnés dans le monde, nombre qui pour la première fois dépasse celui des journalistes de la presse écrite incarcérés.

Grâce à l'Initiative du réseau mondial [Global Network Initiative] qui définit un code de conduite pour les prestataires de service Internet et les entreprises de télécommunication, le CPJ s'associe aux prestataires de service Internet, aux universitaires et aux groupes de défense des droits de l'homme pour lutter contre la répression étatique. Ce code demande aux entreprises qui envisagent d'ouvrir de nouvelles succursales à l'étranger de considérer la sauvegarde de la liberté d'expression et la protection de la confidentialité de l'usage de l'informatique comme des risques liés au respect des droits de l'homme.

Dans un article du 11 décembre paru dans le journal The Guardian, M. Mahoney a critiqué la répression à l'encontre des journalistes en ligne, qualifiant d'« amère ironie » le fait que lors des célébrations du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, « le fondement de nos libertés modernes, les journalistes en ligne forment désormais le groupe le plus nombreux d'écrivains derrière les barreaux ».

Créé en 2006, le groupe de travail du département d'État chargé de la liberté sur l'Internet dans le monde, suit l'évolution de la liberté liée à l'Internet dans le monde et cherche à étendre l'accès en ligne.

L'instabilité politique favorise la censure en ligne

Silvio Waisbord, chargé de cours sur les médias et les affaires publiques à l'université George Washington, dans la ville de Washington, remarque que l'Internet offre de nombreuses possibilités de liberté d'expression mais que certains États sont fermement décidés à ne pas tolérer ou à restreindre ces atouts techniques.

M. Waisbord, rédacteur en chef du Journal international de la presse et de la politique de l'université George Washington, note que dans certaines sociétés très fermées, les fuites d'information relatives aux restrictions du journalisme sur l'Internet ne représentent sans doute qu'une part infime du déni de la liberté d'expression.

Outre la Chine et Cuba, indique M. Waisbord, les restrictions en ligne sont particulièrement sévères dans les pays engagés dans des guerres civiles ou des conflits politiques ou bien qui sont régis par un « autoritarisme à l'ancienne ».

Koïchiro Matsuura, directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), a confié à America.gov que l'Internet, qui « est en soi démocratique et participatif, ouvre des possibilités inédites de réaliser le rêve d'un flux mondial d'idées échangées librement et d'un accès universel à l'information et à la connaissance ». L'Internet, dit-il, « devrait être guidé par les mêmes exigences de liberté d'expression que les médias traditionnels, et l'UNESCO continuera à défendre les valeurs essentielles que sont la liberté d'expression, la diversité culturelle et l'ouverture et qu'il faut préserver sur l'Internet ».

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