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19 août 2009

Le rôle du journaliste

 

Ted Gest

La couverture des débats des procès par les journalistes donne au public une assurance supplémentaire du bon fonctionnement de la justice. Ted Gest est président de l’association de chroniqueurs judiciaires Criminal Justice Journalists, dont le siège est à Washington et qui a des rapports avec l'université de Pennsylvanie et le John Jay College of Criminal Justice de New York. Il a notamment été chroniqueur judiciaire pour le quotidien St Louis Post-Dispatch de St Louis (Missouri) et a rédigé des articles sur la justice pénale pour le magazine US News & World Report.

Aux États-Unis, la plupart des affaires pénales sont jugées sans l'intervention d'un jury, mais celles qui sont jugées par un jury peuvent se révéler fascinantes, et leurs résultats imprévisibles. La tradition américaine veut que le public ait le droit d’assister aux procès. Cette pratique permet de vérifier que l’autorité publique  n'inculpe pas sans preuves suffisantes les personnes suspectées d’avoir commis une infraction et qu’elle n'accuse pas des innocents.

Les journalistes sont les yeux et les oreilles du public lors des procès. Même lorsque les audiences sont télévisées, les médias fournissent des informations utiles sur les circonstances de l’affaire, la stratégie des deux parties, les témoins éventuels et les autres éléments de preuve.

Dans les cas les plus médiatisés, le rôle du journaliste commence bien avant la sélection du jury. De nombreux articles et reportages sont diffusés par la presse écrite et audiovisuelle. Les jurés doivent d'ailleurs indiquer s'ils en ont eu connaissance. Les juges qui anticipent une importante couverture médiatique avant le procès peuvent demander aux journalistes de ne pas diffuser d’informations susceptibles d’affecter la neutralité du jury.

La suite donnée par les journalistes à ces demandes dépend ce qu’ils pensent de l'affaire en question. Certains procès suscitent un tel intérêt que les médias ne peuvent pas renoncer à couvrir l'évolution de l’affaire. Dans d’autres cas, les journalistes se mettent d’accord pour attendre la sélection du jury pour publier leurs articles.

Les chroniqueurs judiciaires ne s’intéressent à la sélection du jury que dans les cas les plus exceptionnels. Les observateurs cherchent parfois des indices permettant de deviner combien de jurés sont opposés à la peine de mort, lorsque le ministère public demande un tel châtiment.

Après la formation du jury, les journalistes traitent en général les procès comme tout autre sujet, en décidant ce qu'il convient de relater dans leur article du jour. Il est rare qu'il soit fait mention des jurés pendant le procès. Dans certains États, les jurés peuvent poser des questions pendant les débats. Les journalistes en prendront note afin d’essayer de deviner le sentiment des jurés.

Les journalistes peuvent influencer les jurés d’une manière inattendue. Chroniqueur judiciaire de l'Oregonian, un quotidien de Portland (Oregon), John Painter s’était rendu compte que les jurés l’observaient du coin de l’œil quand il prenait des notes. Il en avait conclu que les jurés pensaient qu'il savait ce qui était important et qu’ils étaient susceptibles d'accorder un plus grand poids aux témoignages dont il prenait note. Il décida donc de ne plus s’assoir là où les jurés pouvaient l’observer, afin de ne pas influencer leur décision.

Les opinions des jurés

Le point culminant du procès a lieu lorsque les jurés annoncent leur verdict, mais cette décision permet rarement de connaître les désaccords qui se font jour lors des délibérations à huis clos. Certains juges, conscients de la soif d’information des médias, organisent des réunions de presse pour permettre aux jurés de parler aux journalistes après le procès. Ces derniers peuvent ainsi poser des questions sans avoir à déranger les jurés chez eux ou au travail, ce que certains jurés considèrent comme une forme de harcèlement.

Certains tribunaux cherchent au contraire à éviter les contacts entre les journalistes et les jurés. Ces derniers sont, identifiés seulement par un numéro. Chroniqueuse judiciaire du Roanoke Times de Virginie, Shawna Morrison confirme que les juges de sa région interdisent de révéler les noms des jurés ou de les photographier. À la fin du procès, les jurés sont raccompagnés à leur voiture, et personne n’est autorisé à quitter la salle d’audience tant que les jurés ne sont pas partis.

Les juges indiquent en général aux jurés qu’ils ne sont pas obligés d’expliquer ce qui s’est passé lors du procès à qui que ce soit, mais qu'ils ont le droit d’en parler s'ils le souhaitent. Les journalistes arrivent souvent à interviewer les jurés sur leurs impressions d’une affaire et à obtenir une explication du verdict.

Journaliste et juré

Il peut arriver qu’un journaliste fasse partie d'un jury et qu’il raconte son expérience. Denis Collins, qui a travaillé pour le quotidien The Washington Post, a fait partie du jury qui a condamné Lewis « Scooter » Libby, ancien conseiller du vice-président Dick Cheney, pour faux témoignage et obstruction à la justice. Les jurés en ont d’ailleurs fait leur porte-parole. Il a indiqué aux journalistes que la plupart des jurés avaient une certaine sympathie pour Lewis Libby ou pensaient qu'il était le bouc émissaire de cette affaire compliquée connexe à une divulgation de secrets d'État.

Le fait que Lewis Libby a pu être jugé par un jury et que les journalistes ont pu assister au procès montre bien que le public peut savoir ce qui se passe dans les tribunaux américains, même dans les affaires touchant à la sûreté de l'État.

Certains jurés collaborent avec des journalistes pour relater leur expérience. C’est ainsi que sept jurés du procès à sensation de Scott Peterson ont collaboré pour rédiger un livre (Scott Peterson avait été condamné en Californie en 2004 pour avoir assassiné son épouse Laci alors qu'elle était enceinte). L’une des révélations de ce récit est que certains jurés « souffrent désormais d’angoisses post-traumatiques ou revivent les événements (...) Certains font des cauchemars et d’autres ont reçu des menaces de mort. D’autres enfin souffrent de douleurs physiques. »

Le métier de chroniqueur judiciaire n’est pas considéré comme incompatible avec les fonctions de juré. Convoqué en tant que juré à Washington, j’ai indiqué au juge, au procureur et à l'avocat de la défense que j’avais rédigé un ouvrage sur la justice pénale, ce qui risquait d’influencer mon jugement. Cela ne m’a pas empêché de faire partie du jury.

Les opinions exprimées dans le présent article ne représentent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

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