12 août 2009

Washington - La décision du gouvernement militaire de Birmanie de condamner la lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi à une peine supplémentaire de 18 mois de détention en résidence surveillée est « injuste » et enfreint les principes universels des droits de la personne, a déclaré le président Obama qui a demandé aux autorités birmanes de relâcher cette militante de longue date en faveur de la démocratie et tous les autres prisonniers politiques du pays.
« Réprimer les idées ne réussit jamais à les éliminer », a déclaré le président le 11 août. « J'exhorte le gouvernement birman à écouter l'avis de son propre peuple et de la communauté internationale et à œuvrer en faveur d'une réconciliation nationale véritable. »
La décision de la junte militaire au pouvoir en Birmanie va aussi à l'encontre de l'engagement pris par le pays en tant que signataire de la charte de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE) et montre « qu'elle continue de faire fi » des déclarations du Conseil de sécurité des Nations unies à son égard, a dit M. Obama, qui a exigé « la remise en liberté immédiate et inconditionnelle » de Mme Suu Kyi.
Celle-ci a été accusée et reconnue coupable d'avoir enfreint les conditions de sa détention en résidence surveillée, à laquelle elle avait été condamnée auparavant, en permettant à l'Américain John Yettaw d'entrer dans son domicile après qu'il eût traversé à la nage un lac pour l'atteindre sans y avoir été invité. Selon les médias, M. Yettaw aurait été reconnu coupable d'avoir enfreint les lois birmanes sur l'immigration et certains arrêts municipaux de même que les termes de l'assignation à résidence de Mme Suu Kyi. Il aurait été condamné à une peine de sept ans de prison ferme, dont quatre de travaux forcés, ce que le président Obama a décrit comme « une sentence disproportionnée à ses actes ».
M. Obama a ajouté que la décision des militaires birmans à l'égard de Mme Suu Kyi vient rappeler l'existence des autres prisonniers politiques du pays qui devraient eux aussi être remis en liberté. « Ils ont été privés de leur liberté parce qu'ils œuvraient en faveur de l'avènement d'un gouvernement qui respecterait la volonté, les droits et les aspirations de tous les citoyens birmans », a affirmé le président.
Pour sa part, la secrétaire d'État, Mme Hillary Clinton - qui se trouvait en République démocratique du Congo dans le cadre de sa tournée en Afrique - a déclaré que Mme Suu Kyi « n'aurait dû être ni traduite en justice ni reconnue coupable ».
Lors d'un point de presse à Goma le 11 août, Mme Clinton a dit que les élections prévues pour 2010 en Birmanie n'auraient « aucune légitimité » si les dirigeants militaires birmans ne décidaient pas « immédiatement de mettre fin à la répression à laquelle ils soumettent un grand nombre de leurs habitants, et d'entamer un dialogue avec l'opposition et les groupes ethniques » du pays.
Les plus de 2.000 prisonniers de conscience actuellement derrière les barreaux en Birmanie, dont Mme Suu Kyi et M. Yettaw, devraient être remis en liberté, a affirmé Mme Clinton. Elle a qualifié la sentence rendue contre celui-ci « de particulièrement sévère... en raison, notamment, de son état de santé ». M. Yettaw souffre de diabète et d'autres maladies.
Mme Suu Kyi, dont le parti, la Ligue nationale pour la démocratie, avait remporté les élections de 1990, avait été empêchée par la junte birmane d'occuper le poste de premier ministre et a passé 14 ans en résidence surveillée au cours des deux dernières décennies. Sa dernière condamnation à une telle détention s'était achevée en mai et ne pouvait être prolongée, selon la loi birmane.
Le secrétaire d'État adjoint aux affaires publiques, M. P.J. Crowley, a dit à la presse le 11 août, à Washington, que le comportement de la junte birmane était « totalement inacceptable ».
« Sur la base des faits relatifs à cette affaire, Mme Suu Kyi a été reconnue coupable d'avoir, en fin de compte, agi avec politesse. C'est une tentative à peine voilée du gouvernement birman de l'écarter des élections de l'année prochaine », a déclaré M. Crowley, ajoutant que l'affaire était « politiquement motivée ».
Les dirigeants militaires de la Birmanie « ont peur de cette femme de 64 ans qui ne pèse probablement pas plus de 45 kilos. Mais Mme Suu Kyi représente le concept qu'un gouvernement... doit être du peuple et pour le peuple plutôt que dirigé par quelques individus pour leur propre bénéfice », a dit M. Crowley.
Le gouvernement Obama réexamine depuis quelque temps la politique des États-Unis à l'égard de la Birmanie. Cette analyse se poursuit et n'a pas de calendrier fixe mais il est « clair que la condamnation de Mme Suu Kyi aura un effet négatif » à cet égard, a précisé M. Crowley.
« Des relations d'un genre nouveau sont possibles » entre la Birmanie et les États-Unis comme avec le reste de la communauté internationale, dit-il. « Mais nous avons vraiment le sentiment que la décision contre Mme Suu Kyi est un pas dans la mauvaise direction. »
M. Crowley a ajouté que des responsables du gouvernement américain auront bientôt des entretiens « avec quiconque est intéressé par ce qui se passe en Birmanie mais aussi qui, pensons-nous, a une influence sur les dirigeants birmans » pour faire connaître les préoccupations du gouvernement Obama et son opinion selon laquelle le comportement de la junte birmane est inacceptable.