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21 novembre 2008

Zimbabwé : l'ambassadeur des É.-U. décrit une situation de cauchemar humanitaire

L'impasse politique a conduit à une catastrophe sanitaire, affirme M. James McGee.

 
Un petit Zimbabwéen montre les termites qu'il a mis de côté dans un bocal.
Certains Zimbabwéens se sont trouvés obligés de manger des insectes, tels que les termites, pour survivre.

Washington - En matière d'alimentation comme de santé, le Zimbabwé sombre dans une situation catastrophique que les mesures prises par le gouvernement, en particulier son refus d'appliquer un accord de partage du pouvoir avec l'opposition politique, ne font qu'exacerber, a déclaré l'ambassadeur des États-Unis auprès de cet État d'afrique australe, M. James McGee.

« On assiste à un effondrement dramatique de la situation humanitaire au Zimbabwé », a affirmé M. McGee lors d'une vidéoconférence tenue le 20 novembre avec un groupe de journalistes au département d'État.

Selon des estimations fournies par les Nations unies, « 1.500.000 Zimbabwéens sont actuellement en danger d'insécurité alimentaire, et ce chiffre pourrait atteindre les 5 millions d'ici la fin de la saison des moissons », a-t-il dit.

La situation sanitaire est également extrêmement précaire, en particulier dans la région frontalière proche de l'Afrique du Sud, où un grand nombre de Zimbabwéens tentent de passer.

« On dénombre à présent 294 cas confirmés de décès dus au choléra, ici au Zimbabwé », a indiqué l'ambassadeur, ainsi que plus de 1.200 cas confirmés et 2.500 cas non confirmés de personnes atteintes de cette maladie.

Comble de malheur, le système sanitaire zimbabwéen « s'est totalement effondré » et le personnel soignant n'est plus payé. « Les trois principaux hôpitaux de Harare sont fermés », tandis que, selon les informations, certaines cliniques régionales ne peuvent plus fonctionner et renvoient les malades. « Dans certains endroits, des agents de police ont été postés près de ces cliniques pour empêcher à quiconque d'y entrer. »

En un mot, la situation alimentaire et sanitaire au Zimbabwé est « intolérable » et cette dégradation coïncide avec l'impasse politique qui s'est développée entre le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwé - Front patriotique (ZANU-PF), dirigé par le président Robert Mugabe, et l'opposition dirigée par le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

« Je ne sache pas qu'il existe de solution à ces problèmes tant que le gouvernement de Robert Mugabe ne se résoudra pas à agir et à traiter de bonne foi et sérieusement avec le MDC de Morgan Tsvangirai », a déclaré l'ambassadeur des États-Unis.

En fait, M. Mugabe a renforcé cette année l'étau dans lequel il tient le pays, au moyen de récompenses politiques versées à certains subordonnés et grâce à la fidélité que lui doivent les commandants des forces de sécurité, qui y voient leur intérêt bien compris, d'autant « que leurs mains ont trempé dans le sang tout autant que les siennes », a affirmé M. McGee.

La levée tardive des restrictions à l'aide humanitaire

Les organisations non gouvernementales (ONG) qui tentent de répondre à l'état d'urgence en matière d'alimentation et de santé ont dû faire face à des obstacles placés sur leur voie par les autorités pour les empêcher d'étendre leur aide aux zones rurales.

Un homme atteint du choléra au Zimbabwé
Au Zimbabwé, le manque d'hygiène et de ressources médicales ont permis à l'épidémie de faire 294 victimes du choléra en 2008.

« Les autorités avaient interdit aux ONG en juin de distribuer des vivres, mais nous avons discuté avec elles et cette interdiction a enfin été levée il y a une quinzaine de jours », a indiqué M. McGee. « En conséquence nous avons pris un très gros retard en ce qui concerne notre cycle annuel de distribution de vivres. Nous faisons absolument tout ce que nous pouvons pour rattraper ce retard. »

En outre, le gouvernement du ZANU-PF a enfin autorisé aux ONG de financer leurs opérations en devises étrangères plutôt qu'en monnaie zimbabwéenne, dont la valeur a subi une chute cataclysmique : selon M. McGee, le taux annuel d'inflation au Zimbabwé aurait atteint 210 millions pour cent. Le recours à des fonds extérieurs devraient également aider les organismes internationaux d'aide à distribuer des vivres en zone rurale.

« Nous pourrons louer les camions dont nous avons besoin pour effectuer les livraisons. Nous pourrons payer le salaire des travailleurs supplémentaires qu'il nous faut pour distribuer les vivres », a indiqué M. McGee.

L'aide alimentaire et sanitaire des États-Unis au Zimbabwé atteint maintenant 218 millions de dollars pour 2008, a dit l'ambassadeur, et un complément d'aide humanitaire des États-Unis arrive au Zimbabwé par l'intermédiaire d'organisations internationales telles que le Fonds mondial.

Par ailleurs, le système éducatif zimbabwéen s'est lui aussi « totalement effondré » aux niveaux tant primaire et secondaire qu'universitaire. Il était une époque, a rappelé l'ambassadeur, où le taux d'alphabétisation au Zimbabwé était supérieur à celui des États-Unis. Pendant les années 1980 et un peu au-delà, 25 % du budget de l'État allaient à l'enseignement. « À présent, l'État ne dépense plus que 0,18 dollar par élève et par an. »

Un grand nombre d'écoles ont fermé leurs portes, beaucoup d'étudiants ne sont plus en classe, « et sans espoir de retour d'ici quelque temps », a indiqué M. McGee, observant par exemple que son chauffeur a reçu une facture de 700 dollars pour couvrir les frais de scolarité de ses enfants à l'école publique. « Cela dépasse évidemment les capacités financières du Zimbabwéen moyen », a-t-il dit.

Si les pouvoirs publics s'engageaient de nouveau à répondre aux besoins de la population et à améliorer les techniques agricoles, le Zimbabwé pourrait rapidement redresser sa situation humanitaire et recouvrer son statut antérieur de « grenier à blé de l'Afrique centrale et australe », a ajouté l'ambassadeur. Il lui faudra certes plus de temps pour se débarrasser de la corruption endémique qui le ronge et pour revenir à une économie de marché.

« Pourtant, là encore, si le gouvernement montre de la bonne volonté, nous autres de la communauté internationale serons disposés à faire un effort et à l'aider dans toute la mesure du possible à obtenir les résultats qu'il souhaite », a affirmé M. McGee.

Les États-Unis maintiendront la pression contre le gouvernement de M. Mugabe par le biais des sanctions ciblées qui, a-t-il dit, ont un effet sur les dirigeants du ZANU-PF, dont les avoirs à l'étranger ont été saisis et qui ont été contraints à retirer leurs enfants des écoles à l'étranger où ils les avaient placés.

« Mais si rien ne se produit d'ici très peu de temps, nous n'aurons d'autre recours que d'appliquer les sanctions de façon plus dure et intransigeante », a-t-il souligé.

De même, le gouvernement Bush s'emploiera à inciter la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), l'Union africaine et l'ONU à « intensifier » leurs actions contre le régime Mugabe.

Les négociations de la SADC qui ont abouti, le 15 septembre, à l'accord de partage du pouvoir entre le ZANU-PF et le MDC ont constitué un moment « décisif » pour ces groupes, mais il faut que la SADC continue de faire pression sur les autorités zimbabwéennes « afin de s'assurer que la volonté du peuple de ce pays soit respectée » et que l'accord sur le gouvernement d'union nationale soit exécuté, a dit M. McGee.

Selon lui, la SADC « ne devrait pas reconnaître Robert Mugabe comme le président légitime du Zimbabwé tant que cet accord n'aura pas été appliqué ». Toutefois, il revient en même temps au peuple de ce pays de réclamer ce changement afin de mettre fin à ses souffrances.

« Nous pouvons certes lui apporter une aide humanitaire, nous pouvons également l'aider en prenant position politiquement contre les autorités, mais s'il doit se produire un véritable changement au Zimbabwé, il se produira à cause d'une action pacifique et démocratique du peuple zimbabwéen lui-même », a conclu l'ambassadeur.

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