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10 mars 2008

Selon le rédacteur en chef Ben Bradlee, les journaux ne sont pas près de disparaître

Le groupe de presse mondial cite la popularité de la presse écrite.

 
Ben Bradlee
M. Ben Bradlee, le rédacteur en chef du Washington Post de 1968 à 1991. (© AP Images)

Cet article est le second des deux articles sur l'avenir des journaux.

Washington - Le journaliste de renommée mondiale, Ben Bradlee, affirme que les quotidiens sont indispensables à la société et qu'ils continueront à être publiés, n'en déplaise aux Cassandre qui prédisent leur disparition dans les vingt prochaines années.

M. Bradlee, devenu célèbre pour avoir guidé l'enquête des journalistes du Washington Post lors du scandale du Watergate, au début des années 1970, a déclaré au Service d'information du département d'État que les pronostics funestes à propos de la presse écrite étaient « ridicules. »

M. Bradlee, qui était rédacteur en chef du Post de 1968 à 1991 et est actuellement le vice-président du journal, affirme que les journaux offrent aux lecteurs des informations que ceux-ci jugent extrêmement utiles (par exemple, « qui a gagné le match…le prix…une élection… ou encore comment se portent vos investissements aujourd'hui).

Les autres médias, notamment la télévision et l'Internet, dispensent les mêmes nouvelles, dit-il, mais « celui ou celle qui communique l'information en premier » n'est pas toujours la personne qui s'y prend le mieux. »

« L'idée qu'une société, mais tout particulièrement la société [américaine], puisse exister sans un compte-rendu quotidien de l'actualité, quelle que soit sa forme, est peu plausible », affirme M. Bradlee.

La façon dont M. Bradlee a mené l'affaire de la révélation du Watergate a fait gagner le prix Pulitzer au Washington Post en 1973 et a entraîné la démission en 1974 du président en fonction, Richard Nixon. M. Bradlee est aussi l'auteur du best-seller A Good Life : Newspapering and Other Adventures (Une belle vie : travail dans la presse et autres aventures).

« Je ne doute absolument pas, dit M. Bradlee, que malgré la diminution du nombre de journaux et de lecteurs » au profit des actualités télévisées sur les réseaux, les Américains sont « bien mieux informés » qu'avant en raison de la myriade de médias présents sur le marché.

M. Bradlee est d'accord sur le fait qu'un nombre réduit de jeunes (c'est-à-dire les moins de trente ans) lisent la presse écrite - ils s'informent plutôt dans les nouveaux médias comme l'Internet - contrairement au groupe de gens de sa génération. M. Bradlee, qui a maintenant 86 ans, rapporte qu'il a appris à lire quand il était enfant en regardant la page sportive après que son père l'eut terminée.

À propos de la diminution du nombre de quotidiens, M. Bradlee dit comprendre pourquoi certains observateurs pensent que les États-Unis finiront par avoir seulement quatre quotidiens qui « puissent s'enorgueillir d'être lus dans l'ensemble des États-Unis ou à l'étranger ».

Mais M. Bradlee note que ce sont les nouvelles locales qui feront lire les journaux. Il cite, par exemple, des habitants de villes américaines telles que Frankfort (Kentucky) ou Pittsfield (Massachusetts) qui « veulent encore lire un journal dans lequel ils trouvent beaucoup de nouvelles locales ».

M. Bradlee dit aussi que les journaux sont bien meilleurs « que quiconque » dans le domaine du « journalisme d'investigation » qu'il définit ainsi : « un journaliste ou un rédacteur qui est très motivé et décide de faire une enquête d'envergure sur un sujet donné ».

Le journal <i>Metro</i> à Boston
Distribution gratuite du journal Metro à Boston (Massachussetts). (© AP Images)

En raison des coupes budgétaires ou de la réduction du nombre de journalistes maison, M. Bradlee note que le journalisme d'investigation sera « peut-être » moins prévalent dans certains journaux. « Mais ce ne sera pas le cas au Washington Post », ajoute-t-il.

La presse écrite, un bon support publicitaire

Larry Kilman, directeur de la communication à l'Association mondiale des journaux (World Association of Newspapers), qui représente l'industrie de la presse écrite, se fait l'écho de la réaction de M. Bradlee face aux annonces de disparition prochaine de la presse écrite.

« Je pense que c'est tout à fait insensé », dit M. Kilman du siège de son groupe, à Paris.

Le marché des consommateurs « nous indique toujours qu'une énorme quantité de gens continue de préférer la presse écrite et continuera de le faire pendant de nombreuses années », ajoute-t-il.

M. Kilman reconnaît qu'un nombre plus réduit de jeunes de moins de 30 ans lit la presse écrite que l'ont fait « peut-être ceux des générations précédentes. Mais je pense que c'est une simplification excessive » de dire que les jeunes ne lisent pas les journaux.

Il dit qu'un nouveau quotidien gratuit, Metro, qui est distribué aux voyageurs empruntant les transports en commun dans une centaine de villes mondiales, recrute de nouveaux lecteurs de journaux, ce qui montre clairement que la presse écrite est appréciée

Metro, dit-il, a du succès dans les villes bien desservies par les transports en commun, ce qui explique pourquoi ce journal est plus lu en Europe qu'aux États-Unis, où les transports publics ne sont pas aussi développés ou appréciés.

Nombre de ces quotidiens gratuits sont financés par les groupes de presse, dit Kilman. Les groupes de presse pensent que Metro « ne cannibalise pas du tout leur produit » mais leur permet plutôt de toucher des consommateurs, ajoute-t-il.

M. Kilman dit que les journaux restent le deuxième support publicitaire après la télévision.

Les articles des journalistes publiés sur l'Internet voudraient faire croire au monde que ce support « tue les journaux à grands renforts de publicité » dit M. Kilman. Bien qu'« assurément la publicité sur l'Internet enregistre un taux de croissance supérieur à 10 % en termes de recettes publicitaires », dit M. Kilman, « ce montant représente un infime pourcentage des recettes générées par la presse écrite. Cela ne changera pas de sitôt. »

« Dire que les journaux sont morts ou qu'ils sont en train de disparaître est devenu la vérité du moment, dit Kilman. « Mais cette vérité n'est pas fondée »

Vous pouvez consulter les tendances chiffrées de la presse mondiale sur le site web de la World Association of Newspapers

Voir aussi notre premier article : « Les jeunes lisent de moins en moins les journaux ».

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