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10 mars 2008

Les Archives nationales des É.-U. ouvrent une exposition de caricatures politiques

La satire politique exprimée sans entrave est le signe d'une société libre.

 
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Illustration politique de 1920
Il n'y a pas eu de candidat choisi à l'issue des élections primaires du parti républicain en 1920. (Photo Archives nationales)

Washington - Les Archives nationales marquent cette année électorale américaine par deux célébrations concurrentes : une exposition des caricatures politiques du dessinateur du début du XXIe siècle, Clifford Berryman, et une discussion réunissant quatre de ses successeurs contemporains, tous lauréats d'un prix Pulitzer.

M. Berryman, qui a travaillé pour les quotidiens le Washington Post puis le Washington Evening Star de 1891 jusqu'à sa mort, en 1949, a croqué les présidents, de Cleveland à Truman, et a lui-même reçu le prix Pulitzer en 1944.

Les quelques 2.400 dessins humoristiques qu'il a exécutés pendant cette période ont fini par se trouver, par des chemins détournés, aux Archives où sont gardés les documents les plus précieux du pays. Rangés dans des sacs poubelle infestés de vermine placés dans le sous-sol de la maison de Washington dans laquelle Berryman avait habité avec sa fille, Florence, ils ont été découverts juste à temps avant de finir à la décharge, à la mort de celle-ci, en 1992.

La Fondation Charles Engelhard les a achetés pour en faire don au Sénat des États-Unis qui les a envoyés ensuite aux Archives où se trouvaient déjà d'autres archives du Congrès.

Quarante-quatre dessins se rapportant aux campagnes électorales et à la politique font partie de cette exposition actuelle intitulée « Running for Office » (candidat aux élections).

Dans l'avant-propos du catalogue de l'exposition, le sénateur Harry Reid (démocrate du Nevada), chef de file de la majorité au Sénat, et le sénateur Mitch McConnell (républicain du Kentucky), chef de file de la minorité, citent Berryman comme étant celui qui « a dégonflé les prétentions de ceux qui dirigeaient le pays pendant ces années éprouvantes ».

« Ses dessins humoristiques nous rappellent que ce qui distingue le plus une société libre d'une dictature est le fait qu'une satire politique ouverte et franche soit possible », écrivent-ils.

M. Allen Weinstein, archiviste des États-Unis, souligne que ces dessins sont toujours d'actualité, même plus d'un demi-siècle plus tard. « De la décision prise de se jeter dans l'arène [déclarer sa candidature], aux candidats allant à la pêche des voix et à l'angoisse le jour du scrutin, les rituels politiques nationaux restent remarquablement constants », dit M. Weinstein.

Mais si les rouages de la politique restent pratiquement inchangés, les dessins satiriques des participants à la table ronde du 7 février, qui seront exposés pendant la séance, nous montrent que les satires politiques ont évolué de façon plus marquée, au plan du style et comme de l'approche de ceux qui la pratiquent.

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Illustration politique
Dans chaque élection, les canddats recherchent les questions politiques qui préoccupent les électeurs. (Photo Archives nationales)

Les techniques de dessin semblent se rapprocher plus de celles de la caricature que les dessins au crayon et à l'encre méticuleusement réalistes de Berryman.

Pour ce qui est l'approche, Martha Grove, archiviste de l'exposition, observe que Berryman était respecté de beaucoup de politiciens pour sa gentillesse et ses positions impartiales. En faisant le tour de l'exposition, on voit qu'il n'y a pas d'œuvre plus agressive que le portrait de Henry Wallace, candidat à la présidence en 1948, représenté avec deux têtes, chacune exprimant des points de vue diamétralement opposés sur la politique de défense

Les satiristes contemporains peuvent être considérablement plus directs : un dessin d'Ann Ternaes, lauréate du Pulitzer 2001, a pour légende : « Répandre la démocratie au Moyen-Orient ». Il représente la secrétaire d'État Condoleeza Rice sautant comme une ballerine par-dessus la courbe de l'horizon, semant sur son chemin des missiles dans toutes les directions.

Un autre dessin humoristique de Clay Bennet, qui a remporté le prix Pulitzer lorsqu'il travaillait pour le Christian Science Monitor en 2002, représente un bulletin de vote sur lequel est écrit « Décision 2008 » au-dessus d'une colonne de cases correspondant aux noms des six candidats aux primaires présidentielles, avec en septième choix « dévitalisation d'une dent ». L'électeur coche la dernière case.

Lors de divers interviews, les dessinateurs ont laissé entendre qu'ils considéraient leur travail comme un moyen d'expression personnelle, et leur influence éventuelle sur l'opinion publique comme un simple « plus ».

Lauréat du prix Pulitzer 1967, Pat Oliphant, le plus largement diffusé des dessinateurs de satires politiques, admet espérer que son œuvre a une certaine importance, mais il ajoute : « Je n'ai jamais constaté de grand impact. »

Matt Davies, diffusé en syndication par Tribune Media Services et lauréat du prix Pulitzer 2004, nous confie : « Je ne suis pas suffisamment imbu de moi-même pour penser que je puisse avoir de l'influence. »

Il décrit ses efforts de dessinateur comme « une expérience qui n'est pas bien différente de celle d'un lecteur qui écrit une lettre à la rédaction, je me fais donc entendre, et c'est presque la cerise sur le gâteau. Être influent, cela fait plaisir, mais ce n'est pas ce qui me motive. »

M. Bennet répond sans équivoque quand on lui demande s'il cherche à influencer l'opinion. « Est-ce mon intention ? Oui, bien sûr ! J'aimerais convaincre tout le monde de penser comme moi. Jusqu'à présent, je n'en ai absolument aucune preuve, mais cela ne veut pas dire que je doive m'arrêter pour autant (...) J'ai l'intention d'encourager des points de vue similaires aux miens et de décourager les points de vue opposés, souvent en recourant au ridicule.

Répondant avec une verve qui rappelle celle des dessins humoristiques, M. Bennet ajoute : « Pour tout vous dire, mon point de vue n'est pas vraiment doctrinaire. Souvent, je pense que les républicains ont tort, et d'autres fois, je pense qu'ils ont vraiment tort. Mais parfois, les républicains et les démocrates ont tous tort. Ce n'est pas comme si je pensais qu'un seul parti détient la vérité. Mais moi, j'ai raison, c'est cela la différence. »

Pendant la discussion, Telnaes, animateur chez Disney avant de devenir caricaturiste politique, décrit sa nouvelle approche pour produire deux dessins animés hebdomadaires sur le site Web Washingtonpost.com. L'animateur Stephen Hess, professeur de médias et d'affaires publiques à l'université George Washington, décrit cette technique comme étant « la vague de l'avenir ».

Mais M. Bennet confie que bien qu'il considère les dessins animés comme faisant « partie de l'avenir », il reste optimiste sur le rôle de la presse. « À l'heure actuelle, vous ne pouvez pas prendre votre ordinateur avec vous dans l'autobus ou dans le métro et c'est très difficile de l'amener avec vous dans les toilettes. Tant que nous aurons des lieux [inaccessibles] aux médias électroniques, la presse sera sauvée », ajoute-t-il.

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