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24 juin 2008

M. Mugabe s'apprête à obliger les Zimbabwéens à voter le 27 juin

Propos de l'ambassadeur des États-Unis et déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU

 
Descente policière sur le siège du MDC
Le 23 juin, la police a envahi le siège du MDC, où 2.000 partisans déplacés de l'opposition à Mugabe s'étaient réfugiés.

Washington - Le parti au pouvoir au Zimbabwé compte obliger la population à voter le 27 juin, lors du second tour de l'élection présidentielle, où le président sortant, M. Robert Mugabe, sera le seul candidat à se présenter, a déclaré l'ambassadeur des États-Unis à Harare, M. James McGee, le 24 juin.

La campagne de violence dirigée contre l'opposition, a-t-il dit, n'a pas diminué bien que le candidat de l'opposition, M. Morgan Tsvangirai, du MDC (Mouvement pour le changement démocratique) ait décidé de ne plus se présenter après des semaines marquées par des actes de violence et par des mesures d'intimidation à l'encontre des partisans de son parti.

Le parti du président Mugabe, la ZANU-PF (Union nationale africaine-Front patriotique), poursuit la campagne électorale comme si de rien n'était. « Nous avons reçu, a indiqué M. McGee, des informations selon lesquelles la ZANU obligerait les gens à voter vendredi et qu'elle prendrait des mesures contre ceux qui refuseraient de voter. Ses responsables disent qu'ils veulent une élection à tout prix et qu'ils veulent valider la victoire de M. Mugabe. »

« Il n'y a réellement rien que la communauté internationale puisse faire pour arrêter cette élection », a fait remarquer l'ambassadeur des États-Unis en ajoutant que la commission électorale zimbabwéenne avait dit que le scrutin du 27 juin aurait lieu quoi qu'il arrive.

M. McGee s'est prononcé en faveur du maintien au Zimbabwé des 500 observateurs envoyés par la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) et par l'Union africaine. « Un grand nombre d'entre eux, a-t-il dit, sont déjà dans le pays et ont déjà commencé à signaler les actes d'intimidation et de violence qu'ils ont observés. Nous espérons donc qu'ils resteront dans le pays et qu'ils seront au moins (…) des témoins oculaires de ce qui se passera pour le compte du peuple zimbabwéen. »

Manifestation contre le gouvernement Mugabe
Malgré les manifestations au Zimbabwé et les condamnations de la communauté mondiale, M. Mugabe compte tenir une élection le 27 juin.

M. Tsvangirai est toujours dans les locaux de l'ambassade des Pays-Bas à Harare, où il s'est réfugié. L'ambassadeur de ce pays a informé M. McGee que le gouvernement Mugabe lui avait donné l'assurance que la police ne ferait pas de descente dans l'ambassade et que M. Tsvangirai était libre de quitter le pays. Il a cependant ajouté que le gouvernement zimbabwéen avait encore en sa possession le passeport de M. Tsvangirai.

La police zimbabwéenne a fait, le 23 juin, une descente dans le siège du MDC à Harare, où 2.000 personnes déplacées s'étaient réfugiées. Bien que la plupart aient pu s'échapper, la police en a arrêté 30. « Nous n'avons aucune idée où ces gens se trouvent à l'heure actuelle, a dit M. McGee. Il se peut qu'ils soient dans une prison située en dehors de la capitale (…) ou qu'on les ait abandonnés dans des champs à l'extérieur de Harare. » Les États-Unis tentent de trouver le moyen de transporter les partisans du MDC en dehors de la ville, là où des organisations internationales peuvent leur fournir des vivres et les héberger, afin d'éviter que la police continue de les harceler.

L'ambassadeur des États-Unis s'est félicité de la déclaration que le Conseil de sécurité de l'ONU avait faite le 23 juin au sujet de la situation au Zimbabwé. Dans cette déclaration, le Conseil de sécurité condamne à l'unanimité le gouvernement Mugabe pour empêcher ses opposants politiques de faire campagne ou de se réunir librement et pour avoir recours à une tactique marquée par la violence et l'intimidation.

Le Conseil de sécurité « regrette que la campagne de violence et les restrictions imposées à l'opposition politique aient rendu impossible la tenue d'une élection libre et régulière le 27 juin » et « considère également que, pour être légitime, tout gouvernement du Zimbabwé devra prendre en compte les intérêts de tous les citoyens ».

M. McGee a invité les pays limitrophes du Zimbabwé membres de la SADC à diffuser une déclaration qui soit « aussi ferme » que celle du Conseil de sécurité. Cette déclaration doit souligner qu'il s'agit « d'un gouvernement illégitime qui organise une élection illégitime ».

L'ambassadeur des États-Unis a fait remarquer que des organisations régionales africaines telles que la SADC avaient une influence bien plus grande sur le Zimbabwé que des organisations mondiales telles que l'ONU. Ce pays est enclavé et des mesures telles que la fermeture des frontières et son isolement auraient des « effets immenses et immédiats », a-t-il dit tout en reconnaissant que les États limitrophes n'étaient guère prêts à prendre de telles mesures.

La SADC et notamment l'Afrique du Sud devraient, selon lui, jouer un rôle primordial et condamner le gouvernement Mugabe en premier pour sa campagne de violence et en second pour « l'absence d'espace politique » qui aurait permis à M. Tsvangirai de mener sa campagne électorale.

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