24 juin 2008
Les entretiens entre la secrétaire d'État des États-Unis et le premier ministre kényan à Washington

Washington - La secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, a fait l'éloge de la robustesse de la démocratie au Kénya le 16 juin, tout en annonçant qu'elle allait coprésider, le 19 juin, une table ronde relative à la situation au Zimbabwé au sein du Conseil de sécurité de l'ONU.
Mme Rice a reçu au département d'État le premier ministre kényan, M. Raila Odinga, accompagné des membres de sa délégation et, avant leurs entretiens, les deux ministres ont donné une brève conférence de presse.
« Je suis très heureuse de vous accueillir ici », a dit Mme Rice à M. Odinga. « J'estime que votre élection au poste de premier ministre montre que le peuple kényan est sorti d'une période difficile, mais ce sont vraiment la robustesse de la démocratie kényane et de la société civile kényane ainsi que la volonté des dirigeants kényans de dénouer la crise qui ont permis cette occasion. »
La secrétaire d'État a déclaré attendre avec intérêt d'être mise au courant des progrès réalisés par le Kénya en ce qui concerne la réforme électorale. Les États-Unis, a-t-elle dit, sont un bon ami du Kénya et le Kénya un bon ami des États-Unis.
De son côté, M. Odinga a fait part de la reconnaissance de son pays aux États-Unis pour le soutien qu'il avait reçu pendant la crise qui avait suivi l'élection présidentielle.
« Vous êtes venue à Nairobi, a-t-il dit, et je tiens à confirmer que c'est votre rôle dans ce processus, et également celui de l'ONU, de l'Union européenne et d'autres du Kénya, qui nous ont permis de parvenir (…) à une entente. »
Le 18 février, Mme Rice avait eu de longs entretiens à Nairobi afin de dénouer la crise politique qui avait éclaté à la suite de l'élection présidentielle du 27 décembre 2007. Cette élection, qui avait été entachée d'irrégularité, opposait le président sortant, M. Mwai Kibaki, au chef de l'opposition, M. Raila Odinga.
Des centaines de personnes ont péri et des milliers d'autres ont été déplacées lors des violences qui ont fait suite aux accusations de l'opposition relatives à la manipulation du scrutin en faveur du président sortant. Les deux camps se sont finalement mis d'accord pour former un gouvernement d'unité nationale : M. Kibaki a conservé la présidence, et M. Odinga est le nouveau premier ministre kényan.
À Washington, M. Odinga a déclaré, le 18 juin, que la paix régnait de nouveau dans son pays. « Nous sommes venus ici pour dire que le Kénya est rétabli et que tout fonctionne de nouveau. C'est pourquoi nous demandons aux amis du Kénya de revenir. Nous demandons aux entreprises de venir investir dans notre pays et aux touristes de venir le visiter parce que maintenant la sécurité y est de nouveau assurée. Nous tenons à ce que le monde voie que nous voulons aller de l'avant. »
M. Odinga a fait remarquer que des représentants des deux formations politiques membres de la coalition participaient aux entretiens de Washington. « Nous voulons montrer qu'il est possible d'agir de concert (…) C'est une équipe diverse ; des représentants des deux formations de la coalition sont avec moi (…), le ministre de la défense, le ministre des transports et le ministre adjoint du commerce. »
La situation au Zimbabwé
La secrétaire d'État a déclaré à la presse que la crise au Zimbabwé préoccupait beaucoup les États-Unis.
« Nous sommes préoccupés par la situation de la population zimbabwéenne (…) à cause du nombre des réfugiés et des actes de violence qui marquent cette crise. Nous sommes très inquiets au sujet des élections et nous tentons d'appuyer les efforts des organisations régionales visant à garantir le déroulement d'élections libres et honnêtes, mais c'est très difficile face aux actes d'intimidation qui ont actuellement cours au Zimbabwé (…)
« Je pense qu'il était temps que les dirigeants des pays africains disent au président Mugabe que le peuple zimbabwéen mérite une élection libre et honnête, qu'il ne peut pas intimider et incarcérer ses opposants, qu'il ne peut pas les menacer de les accuser de trahison et vouloir en même temps être respecté par la communauté internationale. Je pense qu'il s'agit là d'un message énergique et j'espère qu'il sera transmis. »
M. Odinga a remercié la secrétaire d'État et déclaré que le Zimbabwé continuait de faire tache dans le continent africain. « C'est une source d'embarras lorsqu'un dirigeant peut déclarer à peu de temps d'une élection qu'il n'est pas disposé à remettre le pouvoir à son adversaire et qu'il peut le remettre uniquement à un membre de son propre parti politique, a-t-il souligné. Je pense que c'est une source d'embarras pour l'Afrique car elle fait de l'élection présidentielle une comédie. On ne peut pas avoir des élections libres et honnêtes lorsque les opposants font l'objet de sévices, lorsque le secrétaire général du parti de l'opposition est en détention à cause d'accusations peu convaincantes et qu'il risque d'être accusé de trahison.
« Je suis donc d'avis qu'il est temps que la communauté internationale agisse face à la situation au Zimbabwé. »