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16 juin 2008

La suspension de l'aide alimentaire pourrait nuire à des millions de Zimbabwéens

L'ambassadeur des États-Unis encourage les Zimbabwéens à voter en masse et les observateurs à faire preuve de vigilance.

 
Les Zimbabwéens souffrent de faim
Les É.-U. ont accusé le Zimbabwé de suspendre l'aide alimentaire à son peuple « pour des raisons purement politiques ».

Washington - Les organisations non gouvernementales (ONG) qui ont  reçu du gouvernement de M. Robert Mugabe un avis de suspension de leurs activités d'aide alimentaire au Zimbabwé ont estimé que l'interruption de l'envoi de vivres pourrait toucher près de quatre millions d'habitants de ce pays.

En outre, la campagne d'intimidation et de violence entreprise par les autorités contre l'opposition politique a fait du second tour de l'élection présidentielle, prévue pour le 27 juin, un « simulacre » de scrutin, a déclaré l'ambassadeur des États-Unis au Zimbabwé, M. James McGee.

S'adressant le 13 juin à la presse par téléphone de Harare, M. McGee a déclaré qu'à cause de la suspension de l'aide alimentaire, « il y a des gens qui auront faim dans très peu de temps ». L'interdiction de distribuer de l'aide est perçue par de nombreux observateurs comme un stratagème visant à inciter les Zimbabwéens à voter pour M. Mugabe, car la saison agricole a été mauvaise dans l'ensemble du pays, qui est devenu lourdement tributaire de l'aide extérieure.

« Normalement, les pénuries alimentaires ne se font sentir qu'à partir d'août. Dans le cas présent, c'est dès ce mois-ci, ou au début de juillet, qu'elles apparaîtront », a estimé l'ambassadeur, si bien que, faute d'assistance, le Zimbabwéen moyen pourrait s'en trouver réduit à un repas par jour, voire moins.

Les États-Unis ont déposé une plainte diplomatique officielle contre le gouvernement zimbabwéen qu'ils accusent d'avoir intercepté le 6 juin un convoi de vivres destiné à des élèves affamés et qui, au lieu de cela, a nourri les participants à un meeting politique organisé par le parti au pouvoir, le ZANU-PF.

L'Ambassadeur américain auprès du Zimbabwé, James McGee
L'Ambassadeur James McGee a dit que les diplomates américains continuent leur enquête sur la violence et l'intimidation.

« Ce sont les êtres humains les moins capables de se défendre, de se nourrir eux-mêmes, c'est-à-dire des enfants, qui ont fait les frais d'une manœuvre purement politique », a souligné l'ambassadeur.

Les diplomates américains ont tenté de prendre contact avec les autorités zimbabwéennes, dont le président Mugabe lui-même, mais ont eu beaucoup de mal à obtenir de telles réunions ces trois dernières semaines.

L'ambassade enquête par ailleurs sur différentes informations faisant état d'actes de violence perpétrés contre des membres du parti de l'opposition, le Mouvement pour un changement démocratique (MDC).

« Manifestement, on a affaire ici à de l'intimidation politique, à des brutalités, et même carrément à des vols et à des assassinats, ici même au Zimbabwé », a affirmé l'ambassadeur des États-Unis.

C'est ainsi que des descentes ont été effectuées dans des villages, « qu'on a chassé les gens de chez eux, on les a battus, on a incendié leur logement et mis le feu à leur grenier à céréales », a dit M. McGee. De 20.000 à 30.000 personnes ont dû abandonner leur logement pour dormir dans la brousse. Vu l'hiver et le froid qui approchent, « c'est absolument inhumain », a-t-il déclaré.

Pour inciter la population à se rendre aux urnes, il faudra déployer un maximum d'observateurs sur place. On en attend de 400 à 500 de la Communauté de développement de l'Afrique australe et de 70 à 80 de l'Union africaine. Les États-Unis, de leur côté, ont décidé de verser plusieurs millions de dollars afin d'étoffer les rangs des observateurs et de leur procurer les ressources nécessaires pour faire leur travail.

Qu'il s'agisse d'officiers de police subalternes qui se verront obligés de voter devant leurs supérieurs, partisans du ZANU-PF, ou du remplissage des urnes de faux bulletins de vote, ou encore de villageois qu'on contraindra à se déclarer analphabètes de manière à se faire « aider » au moment du scrutin, les tactiques frauduleuses abondent, et il s'agit de multiplier autant que faire se peut le nombre des observateurs pour que ce genre d'abus ne se produise pas.

Enfin, selon l'ambassadeur des États-Unis, le peuple du Zimbabwé devra agir courageusement et braver le risque de violence afin d'assurer l'instauration d'un gouvernement véritablement représentatif : « Il y a un vieux dicton ici, au Zimbabwé, selon lequel "tu ne peux me tuer qu'une fois". On voit justement les citoyens se lever et proclamer que "malgré la violence, malgré l'intimidation, nous avons besoin d'un changement" et j'entends de plus en plus de gens affirmer que rien ne les dissuadera de voter selon leur conscience. »

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