05 juin 2008
Un groupe d'experts discute de la fraude et des autres obstacles à des élections libres et équitables.

Washington - En particulier depuis les élections présidentielles serrées de 2000 durant lesquelles les Américains et le monde entier ont regardé les travailleurs électoraux faire le pointage manuel des fiches perforées des bulletins de vote, la lutte contre la fraude électorale est devenue l'objet d'un intérêt grandissant.
Or, les problèmes électoraux sont rarement le résultat d'une fraude, ont suggéré des spécialistes au cours d'une réunion d'experts organisée par la Brookings Institution à Washington, le 21 mai. Ces experts, auteurs du livre Election Fraud : Detecting and Deterring Electoral Manipulation, ont discuté des moyens de détecter la fraude électorale et d'en mesurer la gravité.
Pour qu'une élection puisse être jugée équitable, les personnes qui ont le droit de voter doivent pouvoir voter, les votes doivent être comptés équitablement, les bulletins invalides ne doivent pas être comptés et les votants ne doivent pas être intimidés, ni récompensés ou influencés pour voter.
Thad Hall, professeur adjoint de sciences politiques à l'université de l'Utah, a ajouté qu'une élection équitable permettait à un votant d'avoir le choix de ne pas voter. « C'est une chose à laquelle on ne pense guère, mais vous avez le droit de vous retirer en toute liberté du processus. »
Une élection peut ne pas être équitable sans qu'il y ait fraude, affirment les experts. Pour qu'il y ait fraude il faut qu'il y ait un acte intentionnel, disent les experts, ce qui peut être très difficile à prouver.
« Il n'y a pas d'élections parfaites, jamais. Il y a toujours une insuffisance quelque part, » déclare Susan Hyde, professeur adjoint de sciences politiques à l'université Yale.
La fraude électorale est rare, mais rien qu'un soupçon de fraude a une portée négative
M. Michael Alvarez, professeur de sciences politiques à l'Institut de technologie de Californie, a déclaré que depuis 2000, M. Hall et lui ont « sûrement observé des centaines, peut-être même des milliers de bureaux de vote, et nous n'avons jamais vu la moindre preuve de fraude. »
« Mais nous avons constaté de nombreuses preuves de bien d'autres problèmes, » a déclaré M. Alvarez. Beaucoup de ces problèmes « vont probablement influencer les résultats des élections de manière aussi profonde qu'une fraude elle-même. »
« La perception de fraude, même infondée, peut être aussi dévastatrice pour le processus électoral qu'une fraude elle-même. »
« Le contexte de ce qu'on considère comme fraude dépend du lieu où vous êtes et du pays où vous vous trouvez, » fait remarquer M. Hall. Par exemple, dans certains pays, un président en exercice n'a pas le droit de soutenir un candidat à sa succession. Dans d'autres, la pratique de faire du porte-à-porte pendant une campagne électorale peut être perçue comme une tactique visant à faire pression sur les votants. Or, ces deux pratiques sont largement répandues aux États-Unis.
La définition de fraude évolue aussi au fil des années. Il y a des décennies, certaines catégories importantes de la population, telles que les femmes et les Afro-Américains n'avaient pas le droit de voter aux États-Unis. De nos jours, empêcher délibérément à ces groupes de voter est considéré comme une fraude électorale.
La fraude électorale peut avoir lieu à des moments autres que le jour des élections. « La manipulation électorale peut se produire avant le démarrage de la campagne électorale, pendant la campagne électorale, le jour des élections et pendant et après le dépouillement du scrutin, » a déclaré M. Hyde. Par exemple, une personne peut falsifier des signatures d'une pétition pour permettre à un candidat d'être inscrit sur la liste électorale. Une personne peut également menacer des électeurs ou empêcher les chefs de l'opposition politique de se présenter comme candidats.
Évaluer la fraude est extrêmement difficile. Avec le scrutin secret, explique M. Hall, « il m'est impossible de savoir comment une personne vote dans la salle. Or, si je le pouvais, je ferais en sorte qu'il n'y ait pas de fraude. »
Toutefois, les experts peuvent utiliser les données pour comprendre les tendances traditionnelles des votes et repérer des incidents qui méritent un scrutin plus minutieux pour détecter la possibilité de fraude. Pour ce faire, les experts doivent avoir accès à des quantités importantes de données et exiger que les responsables des élections maintiennent la transparence du système. Cela est souvent difficile dans d'autres pays ainsi qu'aux États-Unis, où certains États ne permettent pas l'observation des élections, déclare M. Hall.
Pour mesurer la fraude avec exactitude, affirment les auteurs, les spécialistes doivent collaborer avec les responsables des élections pour qu'ils puissent comprendre qu'il existe des moyens simples pour être transparents et fournir des données utiles. Des pays comme l'Estonie, l'Argentine et l'Indonésie sont de bons exemples en la matière, affirment les experts.
En fournissant les données des circonscriptions, en permettant aux observateurs des élections de faire leur travail et aux responsables au niveau des États de s'entretenir avec les experts politiques, ces pays ont montré qu'il « n'est pas si difficile de faire preuve de transparence, » a déclaré M. Hyde.