La démocratie dans le monde | La libre expression des peuples

31 juillet 2008

L'Érythrée « est devenue une grande prison »

La lutte d'une femme en faveur de la libération de prisonniers pour délit d'opinion

 
Senait Yohannes
Mme Senait Yohannes, une activiste pour la défense des droits de l'homme des Érithréens emprisonnés.

Washington - L'Érythrée « est devenue une grande prison », a déclaré une militante dont la sœur et le beau-frère ont été incarcérés parce qu'ils avaient critiqué le gouvernement en place.

Senait Yohannes est la sœur d'Aster Yohannes qui est mariée à Petros Solomon. Aster et son mari sont en prison depuis des années pour le rôle qu'ils ont joué en faveur de l'adoption de réformes politique et de la mise en œuvre de la Constitution érythréenne. Personne n'a obtenu de leurs nouvelles depuis leur arrestation, et leurs quatre enfants sont élevés par les grands-parents.

Senait était venue à New York le 24 juillet pour participer à une table ronde destinée à attirer l'attention du monde sur le sort des personnes emprisonnées pour délit d'opinion. Six autres personnes, originaires de la Biélorussie, de la Birmanie, de Cuba, de l'Ouzbékistan et de la Syrie, ont également participé à cette table ronde organisée par la mission des États-Unis auprès de l'ONU et elles ont parlé au nom de ceux qui ne sont pas autorisés à parler pour eux-mêmes.

Devant un auditoire composé de quelque 120 diplomates, représentants d'organisations non gouvernementales et journalistes, Senait a déclaré que la plupart des gens qui avaient tant lutté pendant des dizaines d'années en vue de rendre l'Érythrée indépendante de l'Éthiopie se trouvaient maintenant en prison sans aucun contact avec le monde extérieur et sans aucune voie de recours.

« Ce qui est arrivé à ma sœur est arrivé à des milliers d'autres personnes en Érythrée, a-t-elle dit. Le gouvernement est extrêmement hostile à tout principe démocratique ou à l'État de droit. » Tous les organes d'information indépendants ont dû fermer leurs portes, et de nombreux journalistes ont été arrêtés.

Le beau-frère de Sinait, qui était ministre, et 14 de ses collègues ont écrit une lettre ouverte au président Isaïas Afwerki et au peuple érythréen en faveur de réformes politiques. Les 11 d'entre eux qui se trouvaient alors en Érythrée ont été arrêtés en 2001 et sont gardés au secret depuis lors.

Le 11 décembre 2003, la sœur de Senait, Aster, est rentrée en Érythrée pour s'occuper de ses enfants après fait des études pendant trois ans à Phoenix (Arizona). Dès son arrivé à l'aéroport, elle a été arrêtée par des agents de sécurité, et personne n'a entendu parler d'elle depuis son arrestation. Les autorités érythréennes ne l'ont pas accusée de quoi que ce soit, ni n'ont pas donné de raison quelconque pour sa détention.

Née et élevée à Asmara, Senait a quitté son pays alors que la guerre de trente ans entre l'Érythrée et l'Éthiopie venait de prendre fin en 1991. Elle s'est rendue en Éthiopie et en Europe avant de s'installer en 1994 au Canada, dont elle est maintenant ressortissante.

Elle cherche à obtenir la libération de sa sœur en maintenant sur l'Internet le site www.FriendsofAster.org et en parlant en public des souffrances de sa famille et de la situation difficile du peuple et des réfugiés érythréens. Elle s'occupe actuellement de faire parvenir une aide humanitaire à des réfugiés érythréens en Éthiopie et au Soudan.

Elle est également membre du conseil d'administration de l'Association des réfugiés de Saint André, qui a pour vocation de faciliter la réinstallation de réfugiés dès leur arrivée au Canada.

Lors de la table ronde organisée à l'ONU, Senait a exhorté l'Eryhrée à autoriser le Comité international de la Croix-Rouge à rendre visite aux détenus et elle a invité la communauté internationale à exercer plus de pression sur les États qui détenaient des personnes pour délit d'opinion.

Bien que la Déclaration universelle des droits de l'homme que l'Assemblée générale de l'ONU a adoptée le 10 décembre 1948 affirme que toute personne a droit à la liberté d'opinion et d'expression, à la liberté de réunion et d'association pacifiques et à la liberté de pensée, de conscience et de religion, il existe encore des États qui détiennent des milliers de personnes à cause de leurs convictions ou de leurs opinions politiques.

En juin 2008, les États-Unis et 63 autres États membres de l'ONU ont parrainé la Déclaration de l'ONU sur les prisonniers pour délit d'opinion. Cette déclaration invite tous les pays à œuvrer en faveur de la liberté des prisonniers pour délit d'opinion et de faire de leur libération une des questions prioritaires de la communauté internationale.

Selon le représentant des États-Unis au Conseil économique et social de l'ONU qui a animé la table ronde du 24 juillet, M. T. Vance McMahan, les prisonniers pour délit d'opinion sont « des hommes et des femmes courageux qui ont souffert ou qui continuent de souffrir de la répression des pouvoirs publics pour avoir parlé de façon pacifique en faveur du changement ».

M. McMahan a invité tous les États membres de l'ONU et les organisations non gouvernementales à redoubler leurs efforts en vue d'aider les prisonniers pour délit d'opinion et leurs familles et de mettre un terme à toutes les formes de persécution.

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?