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23 juillet 2008

La Maison-Blanche se félicite de l'arrestation de Radovan Karadzic

L'ancien chef des Serbes de Bosnie était recherché par la justice depuis près de treize ans.

 
Radovan Karadzic
À gauche: Radovan Karadzic en 1996 et lors de son arrestation le 21 juillet à droite.

Washington - La Maison-Blanche a félicité la Serbie pour avoir arrêté l'un des fugitifs les plus recherchés du monde, Radovan Karadzic, l'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, accusé d'avoir organisé « l'épuration ethnique » des années 1990.

« Cette arrestation montre bien la détermination du gouvernement serbe à s'acquitter de son engagement à coopérer avec le Tribunal pénal international pour l'ancienne Yougoslavie. On ne peut pas rendre de meilleur hommage aux victimes des atrocités de la guerre qu'en traduisant en justice leurs auteurs », a dit la porte-parole de la Maison-Blanche, Mme Dana Perino, le 21 juillet.

Le Tribunal pénal international pour l'ancienne Yougoslavie a inculpé M. Karadzic en juillet 1995 de génocide et de crimes contre l'humanité pour les actes qu'il avait commis en sa qualité de président de la République serbe de Bosnie. Il avait alors lancé une campagne militaire de 1992 à 1995 pour créer une « Grande Serbie » en « épurant » les territoires dont il s'était emparé en Bosnie-Herzégovine de leurs habitants musulmans, croates et autres à la suite du démembrement de l'ancienne Yougoslavie.

Mme Madeleine Albright, qui était alors secrétaire d'État des États-Unis, a déclaré à la chaîne de stations de radiodiffusion NPR (National Public Radio), le 22 juillet : « Il est vraiment la personne qui était derrière l'épuration ethnique systématique, autrement dit l'assassinat, de plusieurs centaines de milliers de Bosniaques. Cela montre que la justice l'emportera. »

En 1992, les forces serbes de Bosnie ont assiégé, sous la direction de M. Karadzic, la capitale de la Bosnie, Sarajevo, à la suite du refus de cette ville cosmopolite de se diviser en fonction de l'appartenance ethnique et religieuse de ses habitants. Des artilleurs et des tireurs d'élite ont tué plus de 12.000 civils pendant le siège qui a duré trois ans. Dans d'autres régions de la Bosnie, les forces de M. Karadzic ont transporté des milliers de personnes non serbes dans des camps de concentration où elles ont subi la torture et des sévices sexuels avant d'être exécutées.

« Il s'agit d'une journée très importante pour les victimes qui ont attendu son arrestation pendant plus de dix ans. C'est aussi une journée importante pour la justice internationale car cette arrestation montre que personne n'est à l'abri de la loi et que tôt ou tard tous les fugitifs seront traduits en justice », a déclaré le procureur principal du Tribunal pénal international, M. Serge Brammertz.

Les chefs d'accusation du Tribunal pénal international pour 1995 ont trait aux journées qui ont suivi l'attaque, par des unités militaires et de police serbes de Bosnie jouissant du soutien de paramilitaires de Belgrade, des forces de l'ONU qui protégeaient une zone de sécurité dans la région de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine. Ces unités ont exécuté plus de 7.000 hommes et garçons musulmans qui n'étaient pas armés et qui s'étaient réfugiés dans cette zone, acte que l'on considère comme le pire massacre qui ait eu lieu sur le sol européen depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Tribunal pénal international pour l'ancienne Yougoslavie et la Cour internationale de justice ont déclaré qu'il s'agissait là d'un acte de génocide.

Ce massacre a poussé la communauté internationale à agir. Les États-Unis et ses alliés au sein de l'OTAN sont intervenus et ont organisé des raids aériens contre des objectifs militaires serbes, tout en mettant l'accent sur la diplomatie, ce qui a permis de conclure en novembre 1995 les accords de paix de Dayton qui ont mis fin à ce conflit.

Le diplomate américain qui a facilité la conclusion des accords de Dayton, M. Richard Holbrooke, a déclaré au quotidien The New York Times que M. Karadzic était le pire des trois scélérats des Balkans. Les autres sont l'ancien président de la Serbie, Slobodan Milosevic, qui est mort en 2006 alors qu'il était incarcéré dans l'attente de son procès pour crimes de guerre, et le commandant en chef de M. Karadzic, Ratjko Mladic, qui est toujours en liberté.

Pendant près de treize ans, M. Karadzic, qui était psychiatre de profession, a eu une vie de fugitif et s'est servi de divers noms et déguisements alors qu'il cherchait refuge en Bosnie, au Monténégro et en Serbie. Les forces serbes de sécurité l'ont finalement arrêté le 21 juillet dans les environs de Belgrade, où il se faisait appeler « Dragon Dabic » et où il travaillait dans un centre médical.

« Même les gens qui lui louaient un appartement n'avaient aucune idée de son identité », a déclaré le procureur de la Serbie pour les crimes de guerre, Vladimir Vukcevic, lors de la conférence de presse qu'il a donnée le 21 juillet pour annoncer son arrestation. Il a montré une photo de M. Karadzic dont les cheveux étaient devenus blancs et longs et dont le visage était en partie caché par une barbe longue et épaisse.

Les autorités serbes ont indiqué que M. Karadzic sera transféré au Tribunal pénal international de la Haye (Pays-Bas). Il sera ainsi la 44e personnalité serbe à être traduite en justice devant ce tribunal. Les autorités serbes ont refusé de dire quoi que ce soit sur la recherche de M. Mladic, que l'on croit se cacher en Serbie.

Une des rescapées de la ville de Srebrenica, Sabaheta Fejzic, a déclaré à l'agence de presse Reuters : « L'arrestation de ce boucher est bonne aussi bien pour la Bosnie que la Serbie. Maintenant, on a un brin d'espoir que le même sort attend Ratko Mladic. »

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