La démocratie dans le monde | La libre expression des peuples

07 juillet 2008

Démocratie, libre entreprise et confiance

 

 

William A. Reinsch

 

D'après William A. Reinsch, le libre marché tend à favoriser l'instauration de la démocratie, alors que l'inverse n'est pas toujours vrai. M. Reinsch est président du Conseil national du commerce extérieur [National Foreign Trade Council] et membre de la Commission consultative États-Unis/Chine pour l'examen de l'économie et de la sécurité [advisory U.S.-China Economic and Security Review Commission].

 

Un tour d'horizon du monde actuel révèle que nombre des pays les plus prospères ont également un régime démocratique des plus dynamiques. Des pays tels que le Chili, l'Irlande et les États-Unis sont des démocraties vivantes possédant des marchés essentiellement libres. Par contre, la Birmanie et la Corée du Nord, par exemple, se caractérisent par la dictature et par une économie rigidement planifiée.

Bien qu'il y ait des exceptions à toute règle, les libertés économiques et politiques tendent à aller de pair. Dans de nombreux pays, l'ouverture au monde est un signe avant-coureur important de l'avènement de libertés tant économiques que politiques.

La participation à l'activité économique mondiale, en particulier, établit une base importante pour la démocratie. Les échanges commerciaux et la concurrence stimulent la croissance, qui accroît la richesse et développe la classe moyenne. Cette classe moyenne plus nombreuse, à son tour, exige davantage de son gouvernement qui ne peut plus se contenter de l'appui d'une élite qui lui est favorable. Simultanément, les activités commerciales mettent en évidence les inefficacités des entreprises gérées par l'État, aux effectifs surnuméraires, ce qui réduit les possibilités des dirigeants de distribuer emplois et faveurs à leurs partisans.

Le marasme économique, en revanche, contribue à l'instauration de situations dans lesquelles des démagogues peuvent devenir des dictateurs, comme l'histoire de l'entre-deux-guerres ne l'a illustré que trop clairement. Le président Harry Truman et le secrétaire d'État George Marshall l'avaient bien compris lorsqu'ils ont, à l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, formulé un plan de reconstruction de l'Europe. Comme l'a noté George Marshall, le redressement de l'économie permet l'instauration de conditions politiques et sociales dans lesquelles des institutions libres peuvent exister.

Au-delà de la prospérité, la participation accrue des entreprises internationales aux activités économiques peut également renforcer les idéaux démocratiques. C'est ainsi, par exemple, que dans de nombreux cas, ces entreprises se voient interdire par la loi de distribuer des pots-de-vin ou de se livrer à la corruption.

En outre, nombre d'entreprises multinationales se dotent volontairement de codes internes de déontologie ou souscrivent à des conventions de conduite citoyenne tels que les principes Sullivan ou le Pacte mondial des Nations unies. Plus ces entreprises se voient offrir la possibilité de participer à l'économie mondiale par le biais du commerce et de la concurrence, moins il est possible pour les bureaucrates ou les chefs de partis de se maintenir en poste ou d'influencer les rouages du gouvernement par des pratiques d'une moralité douteuse ou par la corruption.

Responsabilité sociale des entreprises

Il est également aujourd'hui un autre avantage politique important qui découle de la participation d'entreprises mondiales à l'économie locale. Beaucoup d'entre elles ont établi des programmes de responsabilité sociale pour soutenir les collectivités dans lesquelles elles sont implantées. Dans un certain nombre de cas, ces efforts ne sont pas liés immédiatement à une activité essentielle de l'entreprise, mais visent au contraire à une amélioration des institutions locales.

Il en est ainsi tout particulièrement en Afrique, où les multinationales ont établi des programmes de lutte contre le VIH/sida et de réinsertion des populations après un conflit, par exemple, et des institutions de microcrédit. General Electric, par exemple, a fait équipe avec l'économiste du développement Jeffrey Sachs pour construire une série d'hôpitaux dans 10 pays d'Afrique, en ayant recours à des technologies et à des bénévoles de l'entreprise pour améliorer les prestations de soins médicaux en milieu rural. Ces projets contribuent à renforcer la société civile et encouragent l'établissement d'institutions libres.

De manière plus générale, la concurrence économique mondiale incite à une plus grande communication avec le monde, ce qui mène inéluctablement à des échanges d'information, d'idées et de valeurs démocratiques. Les présidents des États-Unis, de Franklin Roosevelt à John F. Kennedy en passant par Ronald Reagan, ont compris les avantages que l'on pouvait tirer des marchés libres et de la participation aux activités économiques pour promouvoir la démocratie à l'étranger.

Récemment aussi, les présidents Bill Clinton et George W. Bush ont convenu tous deux que l'entrée de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce serait bonne pour la démocratie. « Quand les gens ont le pouvoir non seulement de rêver, mais aussi de réaliser leurs rêves, a dit M. Clinton, ils exigent d'avoir davantage voix au chapitre. » A quoi M. Bush a ajouté : « La liberté économique crée des habitudes de liberté » et, s'agissant de la Chine : « Ce ne sont pas nos produits alimentaires ni nos films, ni même nos avions, qui sont nos produits d'exportation les plus importants ; notre produit d'exportation le plus important est la liberté ».

Il n'y a pas si longtemps, les États-Unis et l'Europe de l'Ouest exportaient les idéaux américains par le truchement de la musique rock, de la littérature et de la télévision, vers l'ex-Union soviétique. En 1987, Billy Joël s'est produit à Moscou et à Leningrad et a déclaré au peuple soviétique : « Ce qui se passe dans votre pays aujourd'hui ressemble beaucoup à ce qui s'est passé dans le mien dans les années 60. » La libéralisation actuelle des marchés élargit l'accès à Internet, aux téléphones portables et aux messages textes, ce qui accélère la diffusion de l'information, des rumeurs et des nouvelles selon des modalités difficiles à contrôler pleinement par le gouvernement, quel qu'il soit. La connexion au système mondial d'information et d'activité économique est une bonne chose pour la démocratie.

Mais la démocratie est-elle une bonne chose pour la libre entreprise ?

Cette question est peut-être plus complexe, encore qu'une chose soit claire : les dictateurs donnent rarement leur adhésion au libre marché. La Birmanie, Cuba, la Libye, la Corée du Nord et le Zimbabwé sont, d'après l'Index 2008 de la liberté économique publié par le Wall Street Journal et la Heritage Foundation, les économies les moins libres du monde. Le type de concentration de l'autorité qui permet à ces régimes politiques de survivre encourage des systèmes économiques centralisés et rigides qui récompensent les loyaux partisans du régime au pouvoir et punit les autres.

La démocratie a incontestablement contribué à appuyer le développement du libre marché aux États-Unis et de par le monde. Depuis plus de 60 ans, les États-Unis contribuent à façonner et soutiennent un ordre économique mondial fondé sur le libre-échange et sur la stabilité des marchés mondiaux. Durant cette même période, l'Europe a levé ses barrières commerciales et accru l'efficacité de son marché du travail dans la foulée de l'expansion de la démocratie sur ce continent.

marché LIBRE et stabilité

On notera toutefois que des élections libres et régulières n'entraînent pas nécessairement l'instauration d'un régime de libre-échange. L'un des problèmes tient à ce qu'un nombre croissant de régimes autocratiques se font passer pour des démocraties, alors qu'un parti unique a pratiquement la main mise sur le gouvernement et l'économie et qu'il n'existe pas d'opposition capable de lui tenir tête. La Russie sous Vladimir Poutine, ancien président et actuel premier ministre, est un exemple parfait de pays où la démocratie se désintègre. À mesure que M. Poutine a affirmé son contrôle sur le pays, Moscou a accru son emprise sur l'économie en étendant son influence sur les entreprises nationales telles que Gazprom et en se servant de sa puissance économique pour exercer une influence politique sur ses voisins et sur le monde entier.

Pour d'autres gouvernements démocratiques, ce sont les institutions et les moyens requis pour encourager le libre marché qui font défaut. Les jeunes gouvernements de l'Irak et des territoires palestiniens, par exemple, où la stabilité et la sécurité fondamentales sont problématiques, ne possèdent pas les structures de gouvernance et de sécurité qui leur permettraient de promouvoir efficacement l'économie de marché.

Même dans les démocraties plus fermement établies, les retours de manivelle contre le libre marché ne sont pas rares. En Amérique latine, plusieurs politiciens ont été élus ces dernières années par des mouvements populistes et, dans certains cas, socialistes. Aux États-Unis, les sondages indiquent un fléchissement de l'appui au libre marché, notamment du fait des questions que suscite la crise des prêts hypothécaires sur les conséquences d'un régime capitaliste débridé.

La démocratie semble particulièrement capable de renforcer l'économie de marché lorsqu'elle est dotée d'institutions locales solides et qu'elle jouit de la confiance du public. Le Danemark possède l'une des économies les plus ouvertes du monde et c'est une démocratie modèle, mais il a également adopté un contrat social unique en son genre, dénommé « flexisécurité », qui a été mis au point et peaufiné durant plus d'un siècle, et qui est doté d'un budget généreux pour les programmes sociaux, la formation et diverse allocations.

Le résultat de ce compromis est que les Danois croient fermement en la valeur de la libre entreprise et du commerce mondial : les syndicats ouvriers eux-mêmes sont favorables à l'externalisation de certaines fonctions des entreprises. L'auteur Robert Kuttner, qui a analysé le compromis danois entre le libre marché et la stabilité sociale, estime que ce genre d'accommodement « doit être cultivé sur son propre terroir politique ».

Lorsqu'il s'agit de stimuler la croissance de la démocratie et la liberté économique, la clé consiste à appuyer les institutions locales sur lesquelles l'une et l'autre reposent.

Les États-Unis, leurs alliés et les institutions internationales devraient continuer d'encourager l'état de droit, l'indépendance et la transparence des appareils judiciaires, les apports d'investissements d'équipement et le respect des droits de l'homme et des obligations juridiques internationales, de manière à favoriser l'instauration et l'application de modalités opérationnelles équitables, humaines et transparentes de la part de tout gouvernement, quelle qu'en soit la structure.

Parallèlement, les gouvernements, les organisations non gouvernementales et les entreprises peuvent tous jouer un rôle dans le renforcement des institutions locales et des groupes de la société civile qui étayent la démocratie et favorisent le respect des libertés individuelles.

Nous devons nous engager vigoureusement dans le monde, au moyen de tous les outils dont nous disposons, et tout particulièrement par le commerce et la diplomatie. Nous pourrons alors, à cette condition, aider les populations du globe à accéder à une liberté, à une prospérité et à une sécurité accrues.

Les opinions exprimées dans le présent article ne coïncident pas nécessairement avec les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis.

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