07 juillet 2008
Oscar Espinosa Chepe
L'économiste dissident cubain Oscar Espinosa Chepe déclare que des décennies d'oppression par un gouvernement centralisé ont eu raison de l'économie cubaine. Sans liberté, les Cubains ne seront jamais en mesure d'être compétitifs dans une économie mondialisée.
Après près d'un demi-siècle de totalitarisme, la perte de liberté - et notamment la perte de la liberté de mouvement sur les marchés - a eu des effets dévastateurs sur tous les aspects de la société cubaine. Le processus qui a commencé en 1959 et a suscité de nombreuses illusions s'est, avec le temps, transformé en un système oppressif qui a arrêté la marche en avant du pays.
Sous le prétexte d'établir un système « de développement harmonieux et proportionnel », les rouages du libre-échange ont été remplacés par un mécanisme de planification centralisée copié sur le modèle soviétique et fondé sur un volontarisme dur qui a créé de multiples distorsions et causé une perte énorme de ressources. Cet état de choses s'est poursuivi jusqu'à la fin des années 80, soutenu par des subventions colossales qui ont précipité la société cubaine dans la pire crise de son histoire et dont elle ne s'est toujours pas remise.
On peut se demander quelle a été la raison initiale du remplacement du libre marché indispensable à la distribution des ressources par un système bureaucratique de planification centralisée et pourquoi ce système a perduré en dépit des échecs répétés de la centralisation. La raison est simple : ce système est basé sur les intérêts d'un groupe dont le seul objectif est de maintenir son pouvoir absolu sur la société cubaine. Pour cet objectif totalitaire, la rentabilité du système politique est évidente, quels que soient la misère, les retards et les dégradations qu'il cause.
La perte de liberté économique
La même raison explique les confiscations massives de propriétés à Cuba - elles ont été beaucoup plus importantes que dans d'autres pays qui souffrent de systèmes centralisés - et les tentatives de supprimer toute trace de liberté économique. Cette stratégie avait pour but d'arriver à un contrôle absolu de la population en transformant les citoyens en entités dépourvues de droits et entièrement tributaires de l'État tout puissant.
Les conséquences économiques, sociales, politiques, démographiques et environnementales ont été catastrophiques pour Cuba, pour ne rien dire des dommages causés aux valeurs spirituelles de la population, considérablement érodées par une crise dont elle ne peut entrevoir la fin. À cela, il faut aussi ajouter la dépendance extrêmement dangereuse vis-à-vis du Vénézuéla.
Au niveau économique, la décapitalisation humaine et matérielle a affecté toute la société. Autrefois pays agricole riche et autosuffisant, Cuba importe maintenant, selon les données officielles, 84 pour cent de ses besoins alimentaires de base - avant tout des États-Unis. Autrefois productrice de sucre, l'île en est maintenant importatrice. Ces perturbations s'inscrivent dans un environnement où plus de 50 % des terres arables sont à l'abandon et couvertes de broussailles. En même temps, du fait de la faiblesse des salaires - quelque 20 dollars par mois en moyenne - la population est poussée au crime pour survivre. En conséquence, les données des Nations Unies montrent que Cuba est le pays ayant la plus importante population carcérale au monde par rapport au nombre de ses habitants.
Des indices de changement
Cuba est un triste exemple de ce qui se passe lorsqu'un pays est privé de liberté. Et il risque de reculer encore plus pendant que le reste du monde essaie de s'adapter à la mondialisation et à l'intégration des marchés. Ces forces créent d'énormes possibilités de développement, mais elles entraînent aussi une augmentation considérable de la compétitivité, domaine dans lequel l'efficacité, la productivité et la créativité jouent un rôle de plus en plus important. Or il est impossible de promouvoir ces valeurs dans une société dominée par la peur, où la liberté de réunion et la liberté d'expression sont interdites. Ceci empêche en effet tous les débats et échanges d'idées qui permettent d'identifier les meilleures voies vers le progrès.
La situation est tellement évidente que des voix, certes encore hésitantes et incohérentes, commencent à se faire entendre, au sein même du gouvernement, en faveur de transformations structurelles et de changements conceptuels, notamment dans l'économie. On commence à en discerner certains indices dans les discours du Général Raúl Castro qui, le 24 février 2008, est devenu président du Conseil d'État et président du Conseil des ministres.
Ces indices de changements marquent peut-être le début d'un processus de réformes qui pourrait, à terme, déboucher sur la liberté du peuple cubain. Si ces espoirs venaient à être frustrés, on risquerait l'instabilité sociale.
Les opinions exprimées dans cet article ne représentent pas nécessairement les vues ou les politiques du gouvernement des États-Unis.