05 décembre 2008
Les propos de la secrétaire d'État Condoleezza Rice

Washington - Qualifiant de « simulacre » les pourparlers de partage du pouvoir entre le gouvernement du président Robert Mugabe et l'opposition politique du Zimbabwé, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a demandé à Robert Mugabe de se retirer du pouvoir et de permettre à son peuple d'espérer un meilleur avenir.
Le 5 décembre, lors d'une conférence de presse donnée à Copenhague (Danemark) en compagnie du Premier ministre danois Anders Fogh Rasmussen, Mme Rice a déclaré que non content de plonger son pays dans la souffrance politique et la crise économique, le gouvernement Mugabe était maintenant la cause d'une crise humanitaire qui se manifestait notamment sous la forme d'une épidémie de choléra.
« Robert Mugabe n'a que trop tardé à partir. Je pense que c'est désormais évident. Le fait est que l'élection a été une parodie. Ensuite, il y a eu le simulacre des pourparlers de partage du pouvoir. »
Mme Rice faisait allusion au second tour de l'élection présidentielle de juin dernier, course de laquelle le candidat de l'opposition, M. Morgan Tsvangirai, s'est retiré après plusieurs semaines de violence et d'intimidation perpétrées contre ses partisans. Les pourparlers engagés ensuite entre MM. Mugabe et Tsvangirai sur la création d'un gouvernement de coalition sont tombés dans l'impasse du fait du refus du gouvernement d'accorder à l'opposition le portefeuille de plusieurs ministères importants, malgré la majorité parlementaire que cette dernière avait obtenue lors des législatives du mois de mars.
Mme Rice a affirmé que les États-Unis allaient continuer d'aider le peuple du Zimbabwé qui souffre de pénuries alimentaires, de graves problèmes économiques et d'une épidémie de choléra qui a déjà fait près de 600 victimes. Les États-Unis ont dépensé en 2008 218 millions de dollars au titre de l'aide alimentaire et médicale à ce pays.

« Nous n'allons pas punir ceux qui ont besoin d'aide à cause de leur gouvernement », a dit Mme Rice. Mais les problèmes prouvent « qu'il est temps de soutenir ce qui est juste (…) Et franchement, les pays de la région doivent prendre l'initiative », a-t-elle ajouté, faisant allusion aux voisins de l'Afrique australe.
« De nombreux pays africains se sont exprimés sur la nécessité d'opérer des changements au Zimbabwé. D'autres ont gardé le silence. Le temps est venu pour les Zimbabwéens d'avoir un meilleur avenir », a-t-elle dit, ajoutant que les pays de l'Afrique australe avaient la plus lourde responsabilité à ce niveau parce qu'ils ont « les plus grands enjeux ».
Les pays influents doivent intensifier la pression
Le 5 décembre, un haut responsable du département d'État a déclaré à la presse que les propos de Mme Rice traduisaient la frustration que cause aux États-Unis le refus de M. Mugabe de prendre des mesures salutaires pour son pays et de négocier sérieusement avec M. Tsvangirai et l'opposition.
« La secrétaire d'État invite les pays de la région à prendre l'initiative et à faire davantage pour convaincre M. Mugabe de se retirer », a déclaré le responsable. « À notre avis, il devrait certainement se retirer, mais c'est à lui d'en décider, ou alors aux dirigeants régionaux de le persuader dans ce sens. »
Le gouvernement Bush est disposé à « prendre des mesures beaucoup plus sévères » contre les autorités zimbabwéennes, « ce qui n'est pas le cas de certains autres pays. D'ailleurs, on sait bien qui sont ceux qui devraient faire davantage. »
Les déclarations de Mme Rice reflètent également le point de vue des États-Unis selon lequel la misère au Zimbabwé « a assez duré et que les pays capables d'exercer une plus grande influence dans la région doivent le faire », a conclu le haut responsable.