14 mai 2009
M. Halim Barakat décrit l'expérience de sa vie « en exil ».
Washington - Des écrivains d'origine arabe ont depuis longtemps émigré vers les États-Unis en quête de liberté d'expression et d'affranchissement de la censure, affirme le romancier et sociologue arabo-américain Halim Barakat.
M. Barakat a évoqué cette aspiration à la liberté d'expression lors d'une conférence donnée le 13 avril à la Bibliothèque du Congrès à Washington sur le thème « Exil et créativité : la situation des écrivains arabo-américains ».
Devant un auditoire composé surtout de tels auteurs, M. Barakat a parlé de deux de ses œuvres très connues : le roman « La Grue » et son livre « Le monde arabe : société, culture et État », tous deux traduits en anglais et publiés aux États-Unis.
Né en 1933 à Kafroun, en Syrie, dans une famille arabe gréco-orthodoxe, M. Barakat a grandi dans la capitale libanaise où il a fait des études supérieures à l'Université américaine de Beyrouth. Avec une maîtrise en sociologie, obtenue en 1960, M. Barakat a émigré aux États-Unis au début des années 1960 ; en 1966, il devait obtenir son doctorat en psychologie sociale de l'université du Michigan.
En tant qu'écrivain, M. Barakat a examiné les expériences d'une vie vécue en exil et sa capacité à exprimer sa liberté personnelle et à se rebeller contre les traditions par le biais de la littérature. Il a expliqué que vivre aux États-Unis a un impact sur la créativité et le style des auteurs arabo-américains.
Il a donné en exemple Gibran Khalil Gibran et Edouard Saïd qui tous deux ont beaucoup contribué à la littérature arabe et américaine.
À la question de savoir pourquoi certains écrivains arabes choisissent d'émigrer aux États-Unis, M. Barakat a répondu : « Parce qu'ils entendent parler de la démocratie et de la liberté d'expression dont bénéficient les écrivains dans ce pays, quelle que soit leur origine. » Il a ajouté que cette information leur vient de leurs collègues arabes qui ont émigré avant eux aux États-Unis et ont fondé la New York Pen League. Cette « Ligue de la plume de New York » ou Al-Rabita al-Qalamiyah en arabe est souvent surnommée Al-Mahjar ou « L'exil ».
Ce mouvement littéraire arabo-américain, né dans les années 1920 et 1930, a compris d'importants auteurs tels Elia Abu Madi et Gibran Khalil Gibran, qu'on appelait « les poètes de l'exil ». Qualifié de réformateur, M. Gibran devait devenir très célèbre dans le monde arabe pour ses romans et ses poèmes, notamment « Les esprits rebelles » (1908) et « Les ailes brisées » (1912).
M. Barakat a déclaré, qu'à son avis, « les institutions sociales, politiques ou religieuses répressives » du monde arabe sont l'une des raisons pour lesquelles certains Arabo-Américains ont émigré aux États-Unis. Mais pour lui, c'est le fait qu'ils soient exilés de leur terre natale qui ajoute à la popularité de l'œuvre de ces écrivains - non seulement parce que cet exil conduit à des identités confuses, multiples et compliquées, mais parce qu'il leur permet de « voir les choses avec plus d'objectivité et à distance ».
M. Barakat a clôturé la conférence en citant un poème de Gibran Khalil Gibran : « et exilé je suis donc et exilé je demeurerai jusqu'à ce que la mort m'emporte enfin vers mon pays ».
Cette conférence de M. Barakat entre dans le cadre d'une série organisée à la Bibliothèque du Congrès relative à la société arabe. Le département Afrique/Proche-Orient de la Bibliothèque avait précédemment présenté une série de conférences semblables.