03 mars 2009
Cette légende de la chanson populaire reçoit le prix Gershwin de la Bibliothèque du Congrès.

Washington - Adulé, au tout début de sa carrière, comme un enfant prodige, Stevie Wonder était connu sous le nom de « Little Stevie Wonder », le petit Stevie Wonder. Le moins qu'on puisse dire est qu'il a beaucoup grandi depuis, en maturité certes, puisqu'il a 58 ans, mais aussi de par l'influence extraordinaire qu'il a exercée sur l'univers musical contemporain.
Ainsi que ses admirateurs peuvent l'attester, le génie de cet aveugle de naissance a évolué au fil des ans, s'est métamorphosé à partir des cadences de rhythm and blues qui caractérisaient ses morceaux de jeunesse, tel « Fingertips (Pt.2) », la chanson qui l'a porté au zénith du hit-parade alors qu'il n'avait que 13 ans. Sur fond de ces sonorités Motown, imprégnées de soul, de sa première période, Stevie Wonder s'est lancé, vers l'âge de 20 ans, dans les stimulations créatrices d'une expérimentation touchant à une gamme variée d'instruments et de styles.
A mesure que son esprit créateur s'épanouissait, sa popularité ne cessait aussi de monter. Son fameux morceau au rythme puissant « Superstition » a cimenté sa réputation et sa présence sur les stations radiophoniques de rock. Sa renommée n'a fait que croître au cours des années 1980 et 1990, période au cours de laquelle il a composé certaines de ses chansons romantiques et de ses commentaires sociaux les plus connus, par exemple « I Just Called to Say I Love You » et « Ebony and Ivory », un appel à l'harmonie entre les races composé en collaboration avec Paul McCartney.
Musicien autodidacte affectionnant d'abord particulièrement l'harmonica et la percussion et attiré par les cadences pop, Stevie Wonder est rapidement devenu une présence dominante de la chanson américaine tant aux cérémonies de prix qu'au palmarès des meilleurs albums, décrochant des douzaines de premières places de singles et de nombreux prix Grammy de la chanson. C'est toutefois son génie à passer sans gêne d'un genre musical à un autre qui a fait de lui l'artiste adoré qu'il est aujourd'hui.

Lors d'une cérémonie et d'un concert tenus le 25 février à la Maison-Blanche, avec à l'affiche divers interprètes des différents genres musicaux auxquels Stevie Wonder a apporté ses étonnantes contributions, le président Obama a évoqué la remarquable étendue de l'influence qu'exerçait cet artiste afro-américain exceptionnel.
« Stevie a toujours recouru, en musique, à une gamme incroyable de traditions, dans lesquelles il a largement puisé pour créer un style qui est à la fois très américain, très personnel et pourtant très universel », a déclaré le président. « Il appartient à ce qu'on pourrait appeler la tradition américaine par excellence, où les artistes déploient le courage et le talent qui leur font découvrir de nouvelles harmonies dans les tons riches et dissonnants du patrimoine musical américain. »
Pour M. Obama, grand amateur ainsi que son épouse Michelle Obama de l'œuvre de Stevie Wonder, il s'agissait d'un hommage aussi bien personnel qu'officiel. Les chansons de cet artiste « sont devenues les mélodies de ma jeunesse, a-t-il dit. A travers elles je trouvais la paix et l'inspiration, surtout dans les moments difficiles. Et je ne suis pas le seul. Des millions de gens, dans le monde entier, ont trouvé réconfort et joie dans la musique de Stevie Wonder, dans son aptitude singulière à faire percer l'espoir dans les temps de malheur et à faire triompher l'humanité au milieu de l'adversité. Tel est le don que nous fait la musique, de nous faire dépasser les contingences, d'alléger nos fardeaux, ne serait-ce que le temps d'une chanson. »
Le prix Gershwin de la Bibliothèque du Congrès est l'un des honneurs de la musique américaine le plus rarement décernés. Portant le nom de George Gershwin, compositeur américain du XXe siècle et l'auteur de pièces innombrables allant de la symphonie aux airs d'opérette de Broadway, et de son frère Ira Gershwin, parolier de talent, ce prix n'avait été décerné qu'une fois auparavant, au chanteur et compositeur Paul Simon, en 2007.
Selon le directeur de la Bibliothèque du Congrès James Billington, ce prix a été créé « afin de récompenser un artiste dont l'œuvre, en transcendant les distinctions de genre et d'idiome, rapproche des auditoires divers et favorise la compréhension et l'appréciation mutuelles ».
Le 23 février, la première d'une œuvre musicale originale de Stevie Wonder commanditée par la Bibliothèque du Congrès avait précédé l'hommage particulier rendu à cet artiste à la Maison-Blanche. Accompagné de 21 musiciens, et jouant successivement lui-même de plusieurs instruments, le compositeur a exécuté en la salle de spectacles de la vénérable bibliothèque un concerto en neuf mouvements d'une vingtaine de minutes, un véritable testament musical entremêlant airs populaires, jazz, funk de chambre et blues. Composé entre 1976 et 1994, ce concerto n'avait jamais auparavant été joué devant un public. Stevie Wonder a dit qu'il attendait le bon moment pour le dévoiler.