02 mars 2009
En 1905, six grands chefs ont participé au défilé d'investiture de Théodore Roosevelt.

Washington - Lorsque Théodore Roosevelt, le 26e président des États-Unis, a invité six chefs indiens mythiques à participer à son défilé d'investiture, en 1905, il avait dans l'idée d'« offrir un beau spectacle à la population », comme il l'a dit lui-même.
Les six chefs - Géronimo (de la tribu Apache Chiricahua), Quanah Parker (Comanche), Charlie Peau de Chamois (Ute), Cheval Américain (Sioux Oglala), Petite Plume (Pied Noir Piegan) et Ours Corne Creuse (Sioux Brulé) - ont accepté l'invitation de Roosevelt et se sont rendus à Washington. Une exposition de photographies, au Musée national des Amérindiens de la Smithsonian Institution, est consacrée à leurs tenues lors du défilé d'investiture, à leurs rencontres avec Roosevelt et à l'héritage qu'ils ont laissé.
Intitulée « Il y a un siècle : ils sont venus en chefs souverains », l'exposition souligne que les chefs ont plaidé la cause de leurs peuples à une époque où la culture amérindienne était assiégée et où les droits des tribus n'étaient dans l'ensemble pas reconnus. Selon José Barreiro, directeur adjoint de la recherche au Musée national des Amérindiens, « au XXe siècle, les Amérindiens étaient considérés comme des Américains en voie de disparition ». C'était, dit-il, « probablement le pire moment de l'histoire des populations indiennes. »
La commission d'investiture de Roosevelt attendait des six chefs qu'ils ajoutent une note pittoresque et colorée aux festivités, mais pour leur part, les chefs avaient un objectif très différent, note Barreiro. Ils ont vu dans l'invitation du président l'occasion de défendre les intérêts de leurs peuples qui étaient expulsés des terres tribales pour faire de la place aux colons blancs.
UNE LUTTE COMMUNE
Chaque chef avait une histoire personnelle mythique qui ajoutait encore de l'éclat à son pouvoir de chef. Géronimo, le plus âgé, était un guerrier légendaire qui avait combattu le gouvernement américain pendant des années. Il espérait que son audience auprès de Roosevelt convaincrait le président de permettre le retour des Apaches sur leurs terres ancestrales, dans le sud-ouest américain.
Quanah Parker, un soi-disant « sang-mêlé » dont la mère était blanche, a mené une habile campagne contre les politiques fédérales d'attribution des terres destinées à morceler les terres tribales. Il a invité Roosevelt « à venir chasser le loup dans la zone des Grands Pâturages, une aventure à laquelle Roosevelt ne pouvait résister » peut-on lire dans l'exposition. Pendant sa visite au chef Comanche, Roosevelt a reconnu que Parker « enseignait maintenant à son peuple à emprunter la route pleine d'embûches de l'homme blanc ». Parker a fini par devenir le catalyseur de l'Église amérindienne qui a intégré des pratiques tribales à des éléments traditionnels du christianisme.
Ours Corne Creuse était un pacifiste respecté qui encourageait les chefs Sioux à s'unir, tandis que Petite Plume était considéré comme un grand guerrier et un excellent conseiller. Charlie Peau de Chamois, chef politique et spirituel adoré, plaidait la cause des valeurs tribales et guidait son peuple pour l'aider à s'adapter aux difficultés d'un mode de vie agraire. Cheval Américain proposait que les Amérindiens se gouvernent seuls et aient la possibilité de s'instruire.
Poser des jalons pour un avenir meilleur
Avant de pouvoir déposer leurs requêtes auprès du gouvernement américain, les six chefs avaient compris qu'ils devaient « se faire connaitre de la population américaine, et dans les faits, ils ont fait fi des législateurs », dit Barreiro. « Ils étaient très conscients de l'importance des relations publiques. »
Le défilé d'investiture de Roosevelt rehausserait la visibilité des chefs et renforcerait sans doute leur position dans la négociation. À cheval, vêtus de leurs plus beaux atours, les chefs ont fait sensation lorsqu'ils arrivés sur le parcours du défilé. Roosevelt et son entourage, qui contemplaient le défilé de la tribune présidentielle, se sont levés lorsqu'ils ont vu les six hommes arriver. Les chefs se sont tournés sur leurs selles pour rendre hommage à Roosevelt.
Bien que sensible aux difficultés des Indiens, Roosevelt a refusé d'arrêter la dispersion des terres tribales, craignant des conflits supplémentaires avec des colons. L'appel de Géronimo à Roosevelt n'a pas réussi mais le chef apache a publié ses mémoires et les a dédiées à Roosevelt, qui les a lues de la première à la dernière page.
Les initiatives de lobbying de Quanah Parker ont été plus heureuses. Il a persuadé Roosevelt de modifier la loi sur l'octroi des terres pour y inclure les droits des enfants amérindiens et il l'a également convaincu de mettre à disposition un fonds de 500.000 dollars, promis par le gouvernement américain lors de précédentes négociations. En dépit des difficultés rencontrées, les six chefs ont eu une énorme influence puisqu'ils sont à l'origine du mouvement de défense des droits des Indiens, mouvement qui allait voir le jour bien après leur mort, affirme Barreiro. « C'est la force de ces dirigeants de transition qui a engendré la résistance politique et culturelle » des Amérindiens, ajoute-t-il.
« Ce n'est qu'approximativement dans les 35 dernières années que les populations ont reconnu les valeurs des cultures amérindiennes », mais « les questions auxquelles les six chefs indiens ont été confrontés restent les mêmes de nos jours », dit Barreiro. « Leurs descendants, qui s'appuient sur cet héritage pour continuer, ont préservé une grande partie de l'histoire orale des tribus. De plus, face aux politiques fédérales malencontreuses qui ont détruit les sociétés amérindiennes, « la population américaine a toujours ressenti un fort courant de sympathie pour les causes indiennes », observe Barreiro. « En partie, cela vient du rôle mobilisateur des six chefs venus défendre la cause de leurs populations. »
Et ce n'est pas par hasard si « la période de la formation de l'histoire américaine a engendré un sentiment de solidarité avec les rebelles et les laissés pour compte », affirme Barreiro. Il ne fait pas de doute que personne ne l'a aussi bien compris que les hommes avisés et pleins de ressources qui ont volé la vedette lors du défilé d'investiture de Roosevelt en 1905, suscitant l'enthousiasme des passants lorsqu'ils chevauchaient, tous les six côte-à-côte, dans leurs splendides tenues de cérémonie.
Pour toute information complémentaire sur l'exposition « Il y a un siècle, ils sont venus en dirigeants souverains », rendez-vous sur le site du Musée national des Amérindiens (NMAI).