View Other Languages

We’ve gone social!

Follow us on our facebook pages and join the conversation.

From the birth of nations to global sports events... Join our discussion of news and world events!
Democracy Is…the freedom to express yourself. Democracy Is…Your Voice, Your World.
The climate is changing. Join the conversation and discuss courses of action.
Connect the world through CO.NX virtual spaces and let your voice make a difference!
Promoviendo el emprendedurismo y la innovación en Latinoamérica.
Информация о жизни в Америке и событиях в мире. Поделитесь своим мнением!
تمام آنچه می خواهید درباره آمریکا بدانید زندگی در آمریکا، شیوه زندگی آمریکایی و نگاهی از منظر آمریکایی به جهان و ...
أمريكاني: مواضيع لإثارة أهتمامكم حول الثقافة و البيئة و المجتمع المدني و ريادة الأعمال بـ"نكهة أمريكانية

24 juillet 2009

Un hebdomadaire indien fait triompher la vérité

 
Tim Giago. (Avec l’autorisation du Native Sun News)
Tim Giago, journaliste et rédacteur en chef.

Tim Giago

 

Journaliste et rédacteur appartenant au clan oglala des Lakotas, Tim Giago a fondé en 1981 le Lakota Times, publié sur la réserve indienne de Pine Ridge (Dakota du Sud), qui est devenu la principale publication indienne indépendante des États-Unis lorsqu’il a pris le titre d’Indian Country Today. M. Giago a formé de nombreux journalistes amérindiens, auprès desquels il joue un rôle de mentor. Il a également fondé l’Association des journalistes amérindiens (NAJA), dont il a été le premier président. Il a travaillé pour les médias audiovisuels comme pour la presse écrite et a reçu plusieurs récompenses professionnelles pour ses travaux. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages. Son éditorial mensuel, « Notes du pays indien », est distribué à travers les États-Unis. M. Giago a interrompu sa retraite en avril 2009 pour lancer un nouvel hebdomadaire, le Native Sun News. Dans son blogue publié par le Huffington Post, M. Giago indique que le Native Sun News a pour mission de « revenir à la méthode traditionnelle de communication des nouvelles pour la nation indienne », c’est-à-dire par écrit et non sur Internet.

Il y a 29 ans, en 1980, il n’existait pas un seul journal hebdomadaire indépendant qui soit publié par des Amérindiens. Je n’en avais pas conscience au printemps 1981, lorsque j’ai décidé de lancer mon hebdomadaire sur la réserve indienne de Pine Ridge.

Un plan de développement ? Je n’avais jamais entendu parler de cela. Et je n’ai su que les taux d’intérêt étaient d’environ 20 % que lorsque j’ai rendu visite à la banque de Rushville, dans l’État du Nebraska, juste à l’extérieur de la réserve. Les résultats du recensement de 1980 venaient juste d’être publiés. Le Comté de Shannon, au cœur de la réserve de Pine Ridge, y était décrit comme « le plus pauvre des États-Unis ».

C’est donc dans ces circonstances difficiles que j’ai lancé mon hebdomadaire. J’avais pris cette décision parce que la réserve avait absolument besoin d’un journal. Les ragots, les rumeurs et les mensonges régnaient partout. Je pensais pour ma part que les gens avaient le droit de connaître la vérité. La vérité était mon flambeau, et c’est la vérité qui a transformé mon journal embryonnaire en un véritable succès. Deux ans après son lancement, il était distribué dans les neuf réserves du Dakota du Sud. De 3.000 exemplaires hebdomadaires lors du lancement, notre diffusion était passée à près de 12.000 exemplaires en trois ans.

Les mots plus puissants que les fusils

Après l’occupation de Wounded Knee, la réserve avait connu un longue période de violence (en 1973, un activiste armé avait occupé pendant 71 jours le village de Wounded Knee, au Dakota du Sud. Cet événement avait provoqué l’intervention des forces de police et attiré l’attention des médias et du pays sur le sort des Amérindiens). Cette période terrible de notre histoire avait été marquée par la lutte entre factions. En 1978, deux agents du FBI avaient été assassinés à Oglala, sur la réserve de Pine Ridge, ce qui avait encore exacerbé la situation. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé que mon journal, le Lakota Times, se devait de faire état de cette violence continuelle et de la condamner. J’expliquais dans mes éditoriaux les dommages que cette violence causait à la tribu et à son avenir. Le journal couvrait les incidents en profondeur. La vérité mit vite en rage les éléments violents, qui lancèrent une série d’attaques physiques contre le Lakota Times. On tira des coups de fusil dans les fenêtres des locaux à trois reprises. Peu avant Noël 1981, les bureaux furent victimes d’une attaque au cocktail Molotov.

Par un soir sombre et pluvieux, alors que je venais de m’assoir dans ma voiture après avoir fermé le journal, une balle fit éclater mon pare-brise et passa à quelques centimètre de mon crane. Ma femme, mes enfants et moi-même étions régulièrement victimes de menaces de mort. Après une nouvelle attaque à la bombe incendiaire contre le bâtiment du journal, le président de la tribu des Sioux oglalas, Joe American Horse, décida finalement de convoquer une réunion extraordinaire du conseil tribal. Son message : « Toute une nouvelle attaque contre le Lakota Times sera considérée comme une attaque contre la tribu des Sioux oglalas. » Il n’y eut plus d’attentat.

Agrandissement
Une roche brune couverte de symboles  (Wikipedia Commons)
Journalisme primitif : Newspaper Rock, des pétroglyphes de l’Utah, portent des symboles anciens et modernes.

Dans tout l’État du Dakota du Sud, un seul rédacteur avait eu le courage de s’élever contre les attaques dont mon journal et moi-même étions victimes. Son nom était Jim Carrier, alors rédacteur en chef du Rapid City Journal. Les autres rédacteurs non-indiens avaient totalement passé sous silence ce qui m’arrivait, bien que je fusse leur collègue et que les attaques dont j’étais la victime aient été relatées en première page de mon journal. Jim Carrier a d’ailleurs été limogé peut de temps après avoir pris ma défense.

Nous avons toutefois survécu à cet horrible chaos et les attaques nous ont rendus plus forts. Qui plus est, elles ont permis de rallier le peuple lakota à notre cause. La peur qui s’était installée sur la réserve au début des années 80 s’est donc dissipée. Dans un premier temps, les gens avaient peur d’écrire au journal. Cette crainte a pris fin le jour où une femme courageuse de l’arrondissement de Pejuta Haka (« racine-médecine »), où je résidais moi-même, a décidé d’envoyer à la rédaction une lettre condamnant la violence : « Tim Giago, un Lakota que je connais depuis son enfance, se dresse contre la violence. Nous, femmes lakotas, devons faire de même ! »

La plume plus forte que l’épée

Cette lettre eut un effet libérateur. Rapidement, le journal fut inondé de courrier décrivant les dysfonctionnements de notre gouvernement tribal depuis des années. Les gens disposaient enfin d’un forum où ils pouvaient exprimer leurs opinions.

Pendant plus d’un siècle, les journaux du Dakota du Sud avaient eu l’occasion de couvrir les nouvelles intéressant la plus importante minorité de l’État, à savoir les Amérindiens. Je dirais même qu’ils auraient dû le faire. Ils ont choisi de ne pas le faire. C’est pourquoi mon hebdomadaire, lancé avec un petit budget, est rapidement devenu le plus important hebdomadaire de l’histoire du Dakota du Sud. Il s’est imposé parce qu’il comblait un vide et qu’il permettait enfin aux Indiens de participer à la vie des médias du XXe siècle.

Le Lakota Times est vite devenu le gardien des intérêts des populations Amérindiennes. Nous avons dénoncé la justice à deux vitesses, une pour les Blancs et une pour les Indiens, chaque fois que nous l’avons constaté. Nous avons aussi exigé dans nos éditoriaux que la législature et le gouverneur établissent une Journée des Amérindiens. Là aussi, nous avons obtenu gain de cause : le Dakota du Sud est devenu le seul État des États-Unis à célébrer une Journée des Amérindiens. Cela ne serait jamais arrivé si un petit journal indien indépendant, le Lakota Times, n’avait pas lutté pour y parvenir.

Nous avons remporté de nombreuses batailles sans jamais utiliser un fusil, prouvant ainsi la réalité du proverbe « La plume est plus forte que l’épée ».

Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement les vues ou la politique du gouvernement des États-Unis.

 

 

Créer un signet avec :    Qu'est-ce que c'est ?