20 juillet 2009
Avant-propos
Quel que soit le nom qu’on leur donne – populations tribales, indigènes ou aborigènes, Premières nations, Adivasis ou Amérindiens – les populations autochtones sont des groupes ethniques qui habitent des régions particulières depuis les temps immémoriaux. Un autre terme souvent employé pour les désigner est celui d’ « habitants d’origine » parce que leur implantation dans un lieu donné est antérieure à l’histoire moderne.
Comme les auteurs du présent numéro de eJournal USA le font clairement comprendre, les peuples autochtones à travers le monde ont un long passé marqué par le joug des conquêtes et du colonialisme. Dans bien des pays, ces populations ont été décimées, voire éliminées, par les guerres et les maladies, réinstallées contre leur gré, et leurs enfants leur ont été retirés pour être envoyés dans des pensionnats où on leur inculquait des valeurs « civilisées ». Les colons européens, pour la plupart, ne comprenaient pas les systèmes de valeur ni les conceptions du monde des peuples autochtones des terres colonisées, très différents des leurs. Ces quelques dernières dizaines d’années, un certain nombre de gouvernements ont admis les torts qui ont été faits à leurs populations indigènes au cours des siècles et tentent de corriger les erreurs du passé.
Ces pays se sont dotés de moyens juridiques qui leur permettent de reconnaître les droits de leurs citoyens autochtones aussi bien que d’appuyer leur développement économique et leur préservation culturelle. Des groupes non gouvernementaux ont également œuvré en ce sens. Par endroits, ce mouvement a créé une renaissance des cultures indigènes. Celles-ci ont reçu un coup de pouce supplémentaire le 13 septembre 2007 avec l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones, fruit de plus de deux décennies de négociations entre des gouvernements et des autochtones.
Les essais qui composent le présent numéro d’eJournal USA sont rédigés pour la plupart par des spécialistes issus d’une lignée de tribus indigènes et qui présentent le point de vue des autochtones. L’ancienne chef de la nation cherokee, Wilma Mankiller, explique que les autochtones doivent s’appuyer sur le passé pour se forger de belles perspectives d’avenir, où « l’un des plus gros obstacles à surmonter consistera à (...) transmettre aux générations futures les savoirs traditionnels ». Un ancien de la tribu yupik, Angayuqaq Oscar Kawagley, déclare pour sa part qu’il a grandi en symbiose avec la nature. Sa tribu a intégré ses savoirs traditionnels à la science moderne pour tenter de s’adapter aux répercussions du changement climatique sur les terres fragiles de l’Arctique, où elle vit.
Bruce Johansen retrace l’histoire des nations amérindiennes dont les pratiques en matière de gouvernance ont influencé les fondateurs des États-Unis, pratiques qui sont d’ailleurs reflétées dans la Constitution des États-Unis. Jace Weaver explique en détail la relation juridique en évolution constante qui lie les nations amérindiennes aux systèmes de gouvernement des États-Unis à l’échelon tant fédéral que des États.
Les langues indigènes, riches en connaissances pratiques et en symbolisme spirituel, incarnent des éléments clés de cultures diverses, mais elles sont en train de disparaître rapidement. Louise Erdrich évoque les profondes subtilités de sa langue d’origine, l’ojibwé, tandis qu’Akira Yamamoto explique pourquoi « toutes les langues sont précieuses » et comment on peut les préserver. Vine Deloria et Joseph Bruchac décrivent la vénération des cultures autochtones pour l’environnement.
La mondialisation permet aux groupes autochtones d’établir des réseaux, ce qui les aide à nouer des dialogues en dehors de leurs communautés locales. Divers aspects de ces échanges sont illustrés par un entretien avec M. José Barreiro, directeur du Musée national des Amérindiens (NMAI) pour l’Amérique latine ; par un article de Jonathan Hook qui décrit l’initiative internationale en faveur des peuples autochtones et amérindiens, à l’Université du Nord-Texas ; et par un article de Shubhranshu Choudhary sur le journalisme citoyen des Adivasis, en Inde.
En outre, une galerie d’images donne un aperçu des arts et de la société des peuples autochtones. Comme le souligne la conservatrice du NMAI, Gabrielle Tayac, historienne de formation, le génie des cultures autochtones a de multiples facettes.
La rédaction