27 février 2009
Sundance est le plus grand festival du cinéma indépendant aux États-Unis.

Park City (Utah) - Une petite ville de la région enneigée du nord de l'Utah semble être un lieu improbable pour le lancement aux États-Unis de deux documentaires réalisés par des cinéastes iraniens. Mais Park City, dans l'Utah, est la ville qui accueille le festival cinématographique annuel Sundance, le plus grand événement artistique et commercial des États-Unis pour les cinéastes indépendants. Chaque année, des cinéastes du monde entier affluent dans cette ville, à l'affût des éloges de cinéphiles avertis, mais aussi des contrats de distribution susceptibles de faire connaître leur film au grand public.
Caroline Libresco, organisatrice du festival, indique à America.gov que ces dernières années, les films iraniens ont eu du succès au festival Sundance. « En Iran, l'industrie cinématographique est dynamique », dit-elle, « et le public cinéphile apprécie vraiment les films iraniens ». Elle ajoute que ces films « donnent aux Américains la possibilité d'entrevoir un monde qu'ils ne connaissent pas vraiment ».
Cette année, deux documentaires saisissants réalisés par deux cinéastes iraniens ont bénéficié des faveurs des critiques et du public, et les projections au Sundance ont fait salle pleine.
La Maison de verre, d'Hamid Rahmanian, a suscité un grand intérêt. Ce film raconte les difficultés de quatre jeunes femmes iraniennes. Victimes de violences sexuelles et familiales, de toxicomanie et de négligence, ces femmes ont trouvé un refuge à Omid e Mehr, centre de réinsertion unique en son genre à Téhéran, où elles apprennent à refaire leur vie.
Bien qu'il suive les vies de ces femmes avec une franchise totale, Hamid Rahmanian et la directrice de la production Melissa Hibbard affirment que ce film parle de reprise en main et d'espoir, et qu'il n'a pas pour objet de critiquer la situation politique iranienne. Le jeune réalisateur, qui partage son temps entre l'Iran et les États-Unis, ajoute : « Les problèmes de nos filles ne sont pas propres à l'Iran mais aux sociétés urbaines modernes. Ces problèmes existent partout. Nous avons réussi à ne pas en faire un "sujet proprement iranien" et à raconter une histoire universelle. »
Variety, le principal hebdomadaire des spectacles aux États-Unis, a salué ce film pour son « style superbe, très cinéma vérité », ajoutant qu'il « dépeint avec habileté un sentiment d'espoir ». À l'évidence, le public du Sundance était d'accord puisque les salles se sont remplies à chaque projection.
Le lendemain soir de la première de La Maison de verre, le festival a projeté La reine et moi, film de la cinéaste iranienne très remarquée, Nahid Persson Sarvestani. Bien qu'il s'agisse de sa première américaine, le film avait déjà été projeté au festival européen du film international de Göteborg et il a été bien reçu sur tout le continent.

Film très personnel, La reine et moi réunit deux femmes très différentes, toutes deux exilées, liées par une amitié tout à fait inattendue.
Adolescente, Narvid Sarvestani a participé à la révolution iranienne de 1979 qui a fait tomber le shah. Elle est ensuite devenue cinéaste, productrice et réalisatrice de documentaires à succès. Mais son film de 2004, Prostitution sous le voile, lui a attiré des ennuis avec le régime iranien. Elle a été assignée à résidence et interrogée par les autorités pendant deux mois.
Narvid Sarvestani vit actuellement en Suède. Elle a confié à America.gov que pour être relâchée, elle avait dû « signer un document promettant qu'elle ne tournerait plus jamais un seul film sur l'Iran ». Elle ajoute : « C'est à ce moment que je me suis demandée ce qui était arrivé à notre ancienne reine qui, comme moi, vivait en exil. » Elle a fini par contacter la veuve du Shah, Farah Pahlavi. Celle-ci avait refusé d'autres demandes d'interview de diverses sources mais a dit oui à Narvid Sarvestani parce qu'elle avait vu l'un de ses films.
« J'avais beaucoup de doutes sur la façon dont j'allais aborder une personne vivant dans un monde très différent du mien » confie Narvid Sarvestani. « Mais lorsque je l'ai rencontrée, j'ai compris qu'elle n'était pas du tout comme je l'avais imaginée (...) Nous avions beaucoup de choses en commun. Nous étions deux femmes ayant vécu une vie difficile en exil et nous avions toujours tenté de nous sortir [de notre situation]. Nous étions toutes deux prêtes à examiner et réévaluer notre passé, politiquement aussi bien qu'intellectuellement. »
Tout le long du film, la voix rauque et lasse de l'ancienne reine contraste fortement avec son apparence toujours impeccable. Le personnage raffiné de Pahlavi offre également un contraste avec l'apparence décontractée et l'approche sans façon de Narvid Sarvestani, ce qui éclaire d'un jour nouveau un récit qui, pour beaucoup, est de l'histoire ancienne.
Pourtant, les rencontres improbables entre l'ex-reine et l'ex-révolutionnaire n'ont pas été sans problème. Une fois les premières interviews filmées, Pahlavi a appris que Narvid Sarvestani avait fait partie de ceux qui étaient responsables de la chute de son mari et de son départ en exil. Elle lui annonça qu'elle abandonnait le projet. Mais après que la réalisatrice lui eut montré le montage initial des interviews, ses soupçons sur ses motifs véritables se sont envolés et elle a décidé de poursuivre le projet.
Pendant les 18 mois du tournage, elles sont devenues amies. Narvid Sarvestani a avoué à un certain moment qu'elle n'était pas certaine de pouvoir poser des questions délicates à Pahlavi sur les droits de l'homme sous le shah. « À la fin, les différences subsistent toujours, c'est évident », dit-elle. Je pense qu'il est important que Farah Pahlavi maintienne son statut d'ex-reine et (...) cela l'empêche de vivre la vie d'une personne ordinaire. »
Narvid Sarvestani était heureuse de faire partie des quelques cinéastes dont les travaux ont été sélectionnés par le Sundance. « C'est fantastique », a-t-elle déclaré à une publication suédoise. « Sundance est tellement important. » Elle a confié qu'elle espérait qu'un distributeur américain choisirait son film. Comme elle l'a dit à America.gov, « je pense que le public américain sera intrigué de découvrir un aspect fascinant de l'histoire récente de l'Iran, différent de celui auquel ils sont habitués. »
Comme l'a montré l'accueil que le public a réservé à ces films au festival Sundance, Sarvestani et Rahmanian ont eu raison de croire que des documentaires réalisés par des cinéastes iraniens plairaient aux cinéphiles. Il s'agit maintenant de voir si cet intérêt convaincra les distributeurs de s'adresser à un public plus large aux États-Unis.