03 février 2009
Le musée National Portrait Gallery consacre une exposition aux vice-présidents devenus chef de l’État.
Washington - Depuis sa création pour ainsi dire, la fonction de vice-président des États-Unis fait l’objet d’un certain dédain, voire de ridicule, et ce sont souvent les titulaires du poste qui le dénigrent. Le vice-président joue pourtant un rôle beaucoup plus important qu'on ne le pense généralement, comme le montre l'exposition inaugurée récemment à la National Portrait Gallery.
Intitulée Presidents in Waiting, cette exposition organisée par les historiens Sidney Hart et James Barber est consacrée aux quatorze vice-présidents qui ont accédé à la présidence. Comme M. Hart l'a indiqué à America.gov, ces hommes ont assumé les fonctions de chef de l'État dans des circonstances très diverses, « à l'occasion du décès d'un président en exercice, du fait de leur propre élection ou, dans un cas unique, après la démission d'un président. »
L’exposition retrace la carrière de ces hommes au travers d’une série de peintures, de photographies, de lithographies et de caricatures. Quelques ouvrages et lettres rares complètent cette collection.
Une lettre, en particulier, révèle que la vice-présidence faisait l’objet de ridicule bien avant que John Nance Garner, vice-président de Franklin Roosevelt de 1933 à 1941, ne déclare que le poste ne valait pas tripette (la citation exacte de Garner est en fait beaucoup plus imagée.). Écrivant à son épouse Abigail en 1793, John Adams, premier vice-président des États-Unis sous la présidence de George Washington, décrit son poste comme « la fonction la plus insignifiante que l’homme ait jamais inventée ou que son imagination ait jamais conçue. »
Toutefois, a dit M. Hart, peu d'hommes politiques refusèrent le poste de vice-président lorsqu'on le leur a proposé, quel que soit le dédain qu'ils aient manifesté auparavant au sujet de ces fonctions. D’ailleurs, « près d’un tiers des quarante-quatre présidents ont occupé les fonctions de vice-président, qui ont toujours été considérées comme un tremplin pour la présidence. »
L'établissement d'un précédent
À l’origine, la Constitution des États-Unis prévoyait que le candidat arrivé en seconde place à l'élection présidentielle serait nommé vice-président. Des difficultés ont toutefois surgi dès l’émergence des partis politiques dans les années 1790. Comme l’a indiqué M. Hart, « un changement de procédure s’est révélé nécessaire, le candidat arrivé en second place étant susceptible d’appartenir à un parti autre que celui du président nouvellement élu. Ce fut le cas en 1797, lorsque Thomas Jefferson devint vice-président après l'élection à la présidence de John Adams. » Le XIIe amendement de la Constitution, entré en vigueur en 1804, a redéfini le mode d’élection du président et du vice-président de manière à éviter le risque d'opposition entre ces deux fonctions.
De nos jours, le fait que le vice-président succède au président en cas de décès ou d’incapacité de ce dernier semble aller de soi. Ce principe n'a pourtant été établi qu’en 1841, lorsque John Tyler, alors vice-président, a succédé au président William Henry Harrison.
Comme le rappelle l’exposition de la National Portrait Gallery, John Tyler a assumé sans délai les pouvoirs de la présidence lorsque William Harrison est décédé au cours de son mandat. Cette prise du pouvoir s'est manifestée de trois manières : « Il a prêté serment en tant que président, pratique qui se poursuit de nos jours, il a prononcé un discours et il a fait savoir au conseil des ministres qu'il serait désormais seul à prendre les décisions, alors que celles-ci étaient prises à la majorité lorsque William Harrison occupait la présidence. » Si la question s’est brièvement posée de savoir si John Tyler devait être déclaré président ou président par intérim, les mesures qu'il a prises ont établi une pratique qui allait s’imposer lors de toutes les successions à venir. Cette tradition sera finalement formalisée en 1967 dans le XXVe amendement de la Constitution.
Sur les trétaux de l’histoire
L’un des objets présentés dans le cadre de l'exposition manifeste l'importance que revêt la vice-présidence en période de crise nationale : il s'agit du tableau de John Bachelder intitulé « Les dernières heures de Lincoln ». Peinte vers 1865-1870, l’œuvre représente le président Lincoln sur son lit de mort, en 1865. Le président vient d’être atteint par la balle d'un assassin. Il est entouré de sa femme, de son fils aîné et de nombreux personnages célèbres de l’époque. À sa gauche, le vice-président Andrew Johnson est assis dans un fauteuil à bascule. La scène est funèbre, mais la présence de ce dernier rassure en annonçant la continuité du pouvoir. On ignorait alors qu'Andrew Johnson allait être un président particulièrement inefficace. Il échappera d'ailleurs de justesse à sa destitution lors d'un procès au Sénat.
Pour M. Hart, l’arrivée de Théodore Roosevelt sur la scène nationale constituera un nouveau tournant dans l’histoire de la vice-présidence. Vice-président de William McKinley du 4 mars au 14 septembre 1901, Théodore Roosevelt était un homme politique très actif, doté d'une forte personnalité. L’exposition President in Waiting montre son influence à l'aide d’une caricature : son ombre magnifiée plane sur la pelouse de la Maison-Blanche, où il inspirait la crainte aux responsables corrompus. Catapulté à la tête du pays par l’assassinat de William McKinley, Théodore Roosevelt était déterminé à entreprendre des réformes. « Son arrivée à la présidence marque l’instauration d’un mouvement progressiste aux États-Unis. »
Les portraits d’autres vice-présidents célèbres figurent dans l’exposition : Calvin Coolidge, sur la réserve, illustre la droiture des natifs de la Nouvelle Angleterre ; Harry Truman est toute exubérance, alors que Richard Nixon reste impénétrable et mystérieux. Le portrait de Lyndon Johnson exsude le pouvoir qu'il n’hésitait pas exercer pour forcer la main des politiciens, lorsqu’il ne préférait pas les amadouer. Un court texte dépeint le caractère de chacun d'eux : Calvin Coolidge était alors connu pour son humour pince-sans-rire, qui faisait les délices de son auditoire ; Lyndon Johnson, de son côté, avait gravi les échelons du pouvoir en combinant son charme d'homme du Sud à une capacité brutale d’intimidation.
Des interviews vidéo de quatre anciens vice-présidents contemporains complètent l’exposition : un écran tactile permet aux visiteurs d'avoir accès aux souvenirs de Walter Mondale (vice-président de Jimmy Carter), de George H.W. Bush (vice-président de Ronald Reagan), de Dan Quayle (vice-président de George H.W. Bush) et de Dick Cheney (vice-président de George W. Bush).
Comme l'a dit M. Hart, la vice-présidence a évolué au cours des années, mais les titulaires du poste ont tous été d’accord sur un point : « Les vice-présidents n’ont pas de pouvoirs autonomes : ils ont les compétences que le président leur accorde. »
L’exposition Presidents in Waiting a ouvert ses portes le 22 janvier 2009. Elle se poursuivra jusqu’au 3 janvier 2010.