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28 août 2009

Des artistes explorent dans la représentation du voile l'identité et la culture islamiques

Le foulard musulman est le symbole le plus visible de l'Islam contemporain.

 
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Une femme dont le visage est caché par un gant jaune
L'utilisation d'un gant de cuisine à la place du visage permet d'explorer le thème de la femme en tant qu'objet.

New York - Le voile est le symbole le plus visible de l'Islam de nos jours, dit Andreas Stadler, directeur du Forum culturel autrichien et organisateur d'une exposition d'œuvres d'art intitulée « Le visible et le secret : ce que cache ou révèle le voile ». Cette exposition à laquelle ont contribué des artistes de l'Amérique du Nord, du Proche-Orient et de l'Europe, faisait partie du festival « Voix musulmanes : l'art et la pensée » qui s'est tenu pendant dix jours à New York en hommage à la culture islamique.

Pour certains artistes, tels Adriana Czernin, reproduire des images du voile dans leurs tableaux est quelque chose de naturel parce que le foulard islamique établit un lien entre les femmes qui le portent. C'est ce qu'explique Mme Czernin, qui est née en Bulgarie et vit actuellement à Vienne (Autriche). Dans ses autoportraits, elle couvre une partie de son visage en peignant comme des pétales de fleurs et des feuilles d'arbre qui viennent rappeler le « moucharabieh », le dispositif de maillage posé traditionnellement sur les fenêtres des maisons dans les pays musulmans pour dissimuler de vue les femmes qui y habitent.

La question du voile est néanmoins complexe, souligne M. Stadler. Et cela est vrai même dans les pays où le port du voile ne provoque guère de controverse, comme aux États-Unis et en Autriche. Depuis 1912, l'Autriche reconnaît officiellement la religion islamique, et aux États-Unis, a dit M. Stadler, « le plus pays qui a accueilli le plus grand nombre d'immigrés du monde et où il a tant de différentes ethnies, de langues et de styles de vêtements, il serait invraisemblable que l'on y songe sérieusement à interdire le port du foulard. »

En Turquie, les partisans de l'idéologie laïque du premier président du pays, Moustapha Kemal Ataturk, s'opposent au port du voile, a indiqué M. Stadler, mais le mouvement démocratique musulman a gagné du terrain récemment contre cette position. Aujourd'hui, un nombre croissant de jeunes femmes en Turquie et de par le monde favorisent délibérément le port du foulard et se couvrent le cou, la tête et le visage.

L'artiste d'origine pakistanaise Asma Ahmed Shikoh vit à New York où elle a amassé une collection de hijabs, ou foulards traditionnels, qu'elle a recueillis auprès de cent musulmanes aux États-Unis et au moyen desquels elle a créé une œuvre d'art intitulée « Nid d'abeilles » en 2007. « Le Coran parle du pouvoir de guérir des abeilles mellifères », a écrit Mme Shikoh, expliquant que chaque alvéole de son nid d'abeilles, en contenant l'un de ces voiles, représente la femme à qui il appartenait, et donc une partie de son identité. Contrairement à sa mère et à sa tante qui ont abandonné le port du foulard il y a trente ans au Pakistan, Mme Shiko se couvre la tête à New York. « Je porte le voile en acte de foi », dit-elle.

Pour d'autres artistes, comme Ayad Alkadhi, la représentation du voile dans leurs œuvres est un moyen d'examiner la tension symbolique qui existe entre ce qui est visible et ce qui est dissimulé par le foulard. Né en Irak, M. Alkadhi a grandi en Angleterre, aux États arabes unis et à Bagdad. Dans son tableau « Structure », M. Alkadhi « se voile » avec des phrases peintes sur son corps pour n'en révéler que certaines parties comme sur une radiographie faite avec des rayons X. Souvent, il fait un collage avec plusieurs couches de journaux en arabe et en anglais, ajoutant de la calligraphie traditionnelle et de la peinture pour créer des personnages que l'on ne voit que couverts, le voile, dit-il, faisant partie intégrante « des éléments de base, tel le squelette, qui doivent être assemblés pour créer un être complet ».

Tous ces artistes utilisent donc les représentations du voile pour explorer l'identité des femmes, leur rôle dans la société et le patrimoine culturel. Dans la vidéo à trois canaux « Ligne d'attache sans fin » de Farheen Haq, une musulmane canadienne d'origine sud-asiatique, on voit deux bras qui tiennent une longue bande de tissu rouge dont ils enveloppent une femme puis la lui retire. Mme Haq explique que « la puissance de ce tissu symbolique provient du fait qu'il peut être un voile protecteur mais aussi une corde qui restreint ».

Dans sa série de collages intitulée « Sports inconnus », l'artiste Nilbar Güres dépeint des femmes entourées de rideaux derrière lesquels existent des espaces privés transformés en arènes sportives. « Des sauteuses en hauteur et non des nettoyeuses de fenêtre », écrit Mme Güres qui habite en Autriche. Dans certains pays musulmans, les femmes athlètes portent le voile en public et quand des hommes sont présents. Pendant leur entraînement et les compétitions, elles portent l'uniforme de leur équipe mais ne se couvrent pas la tête.

Les stéréotypes masculins de la femme comme objet sont examinés dans les œuvres de la photographe iranienne Shadi Ghadirian. Sa série de photographies pleines d'esprit, intitulée « Comme d'habitude : la vie au foyer », montre des femmes voilées avec des ustensiles de cuisine pour visage. En juxtaposant des tissus à dessin traditionnel comme voile et des gants de cuisine en caoutchouc, par exemple, Mme Ghadirian veut symboliser le conflit entre les traditions et les temps modernes, a expliqué M. Stadler.

L'exposition « Le visible et le secret : ce que cache ou révèle le voile » a été organisée par les conservateurs Mark Harper et Martha Kirszenbaum à New York et par Karin Meisel à Vienne, qui ont sélectionné les œuvres contemporaines de jeunes ou de nouveaux artistes. « Le port du foulard n'est pas une question controversée en Europe ou en Amérique seulement », a dit M. Harper lors d'une conférence à New York. La question du voile se pose à l'échelle mondiale.

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