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01 avril 2009

Une artiste amérindienne trouve l'inspiration dans les traditions de sa tribu

Les œuvres de Lillian Pitt sont un hommage à sa culture et à la nature.

 
Lillian Pitt
L'artiste amérindienne Lillian Pitt créé des sculptures qui rendent hommage aux légendes préhistoriques de sa nation.

Washington - Le mouvement écologique qui, aux États-Unis, est né dans les années 1800, est souvent perçu comme un phénomène relativement récent parce qu'il n'a commencé à occuper le devant de la scène qu'à partir des années 60 et 70. Mais pour Lillian Pitt, une artiste amérindienne dont les racines remontent aux tribus Warm Springs, Yakima et Wasco du nord-est des États-Unis, vivre en harmonie avec la nature est un principe que son peuple pratique depuis des siècles, et son œuvre artistique rend hommage à cette philosophie ancestrale.

Cela fait plus de vingt ans que Mme Pitt expose ses sculptures, ses masques, ses bijoux, ses céramiques et ses objets fabriqués à partir de papier et d'inspiration contemporaine, et elle est réputée pour son interprétation de thèmes traditionnels au moyen de matières non traditionnelles telles que le bronze et le raku (une poterie créée par des méthodes de cuisson japonaises). Parmi ses œuvres les plus célèbres on compte une série de sculptures monumentales qui ornent des espaces publics dans l'Oregon, notamment le Hillsboro Civic Center et le réseau de transports en commun de la ville de Portland. Afin d'honorer l'écologie et les cultures indigènes de la région, Mme Pitt a recours à des motifs tribaux qui représentent les liens vitaux avec le monde naturel.

Selon Mme Pitt, les mythes et les légendes de ses ancêtres constituent la base des images qu'elle crée. « L'histoire de mes ancêtres, dans la vallée de la Columbia, remonte à 10.000 ans  », a-t-elle dit. « Une grande partie de mon œuvre porte sur la préservation et la protection des milieux ambiants le long de cet ancien cours d'eau. »

L'une des figures légendaires qui revient souvent dans l'œuvre de Mme Pitt est « She Who Watches » (Celle qui surveille), inspirée d'un pétroglyphe représentant Tsagaglal, une chef d'il y a longtemps. La tradition tribale explique que Tsagaglal voulait veiller sur son peuple pour toujours, alors Coyote le Farceur lui a accordé son vœu en la transformant en pierre. » Le pétroglyphe She Who Watches surplombe la Columbia, et le village où a vécu ma grand-mère. Sous son oeil vigilant, nous nous souvenons d'elle comme de la dernière chef du peuple de la Columbia (…) Pour moi, elle est également le témoin éternel de la fragilité de l'écosystème de la rivière. »

Agrandissement
<i>She Who Watches</i> (Celle qui regarde)
La sculpture She Who Watches (Celle qui regarde) représente Tsagaglal, la dernière femme chef du peuple de la rivière Columbia.

Parmi ses multiples incarnations, Tsagaglal apparaît sous forme de sculpture de type totem que Mme Pitt a réalisée en 2004 pour la place Ainsworth Greenspace près d'une station de métro de Portland. La sculpture, baptisée She Who Watches, est couronnée par la tête stylisée de Tsagaglal. Réalisée en bronze, elle a les yeux grands ouverts, vigilante pour l'éternité. Elle est flanquée de deux autres totems (Saumon et Corbeau, créés, respectivement, par les artistes indigènes locaux Ken MacKintosh et Rick Bartow). L'ensemble de ces trois statues est appelé River Spirits (Esprits de la rivière), et chacune représente un être légendaire ou sacré de la culture amérindienne.

Si l'œuvre de Mme Pitt est souvent admirée pour son élégance et son symbolisme puissant, il semble que sa carrière ait débuté accidentellement. Elle a d'abord été une coiffeuse renommée, mais des problèmes de dos l'ont forcée à rechercher une autre occupation. Elle est donc retournée à l'école pour parfaire son éducation. C'est alors que, juste pour s'amuser, elle s'est inscrite à un cours de céramique. L'expérience tactile de la manipulation et du modelage de la glaise l'a amenée à bouleverser ses plans. « Ça a été le coup de foudre. »

Elle n'a pas tardé à se consacrer à plusieurs entreprises artistiques, maîtrisant différentes formes et techniques. Elle a également commencé à faire des recherches sur ses racines familiales et son héritage tribal, ce qui lui a donné un « sens profond d'identité », a-t-elle dit. Sa ferme résolution de préserver l'histoire de sa terre natale ancestrale lui a dicté sa voie, et son attirance pour les anciens symboles tribaux l'a menée inexorablement vers Tsagaglal.

Ce personnage qui veille pour l'éternité est représenté dans une autre œuvre majeure de Mme Pitt intitulée The Riverbed (Le lit de la rivière, 2005). Commandée par le Hillsboro Civic Center, The Riverbed recrée les anciens pétroglyphes de la gorge de la rivière Columbia, soulignant par la même occasion la nécessité de protéger ces pétroglyphes et leur milieu environnant. Cette gorge est en effet considérée comme le principal site d'art préhistorique du nord-ouest des États-Unis, et l'accès du public y est limité. En recréant le lit de la rivière Columbia, son plateau environnant et ses pétroglyphes obsédants - de mystérieux motifs gravés sur la surface de la pierre par d'anciens Américains - Mme Pitt s'est assurée que tout le monde pouvait jouir, sans nuire à quoi que ce soit, des trésors culturels et écologiques de la région.

Les œuvres de Mme Pitt ont été exposées et critiquées aux États-Unis, en Europe, en Nouvelle-Zélande et au Japon. Elle a en outre remporté de nombreux prix, dont le Earle A. Chiles Award en 2007, qui lui a été décerné en reconnaissance de ses accomplissements au niveau de la promotion d'une gestion rationnelle des ressources naturelles et culturelles des régions montagneuses de l'ouest des États-Unis.

La critique d'art Sue Taylor a fait remarquer que le nom indien de Mme Pitt, Wak'amu (profondément enraciné) allait comme un gant à une artiste qui cherchait à préserver une ancienne culture tribale et son environnement. « Ce terme pourrait également décrire son art, parce qui si la façon dont elle utilise la forme et la matière est éclectique et contemporaine, ses œuvres sont toujours enracinées dans sa tradition amérindienne. »

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