07 octobre 2009

La Bourse de marchandises éthiopienne apporte des bienfaits aux agriculteurs

Elle prouve que les bourses de marchandises peuvent réussir en Afrique.

 
Mohammed Fita cueille des grains de café dans le sud-ouest de l'Éthiopie
M. Mohammed Fita, un cultivateur de café, cueille des grains sur sa ferme à Choche à 375 kilomètres au sud-ouest d'Addis-Abeba.

Washington - Les bourses de marchandises peuvent-elles réussir en Afrique ? Le succès de celle de l'Éthiopie, l'Ethiopia Commodity Exchange (ECX), montre qu'on peut répondre par un « oui » enthousiaste à cette question.

La fondatrice et présidente de l'ECX, Mme Eleni Gabre-Madhin, a déclaré lors du Septième Sommet américano-africain des entreprises que les transactions de café atteignaient une valeur de plus de 300 millions de dollars par an sur cette Bourse, où des opérations se font aussi sur quatre autres produits de base. Elle a souligné que l'ECX permettait d'améliorer l'agriculture, le commerce et la sécurité alimentaire, ainsi que les revenus des agriculteurs éthiopiens.

Dans un discours prononcé lors de la session plénière sur l'agriculture - la première du genre à être consacrée à ce secteur pendant un Sommet américano-africain des entreprises - Mme Gabre-Madhin a dit que rétablir la chaîne de valeur était la mission principale de cette Bourse de marchandises, qui constitue un mécanisme local de commercialisation dont l'objectif est de permettre aux exploitants agricoles de bénéficier davantage de leur productivité. Elle a ajouté que l'ECX pouvait devenir un modèle pour d'autres marchés africains.

Afin d'illustrer son propos, elle a raconté une histoire vécue : « Lors de mon dernier séjour à Washington, je lisais dans un supermarché l'étiquette d'un mélange spécial de café qu'on décrivait comme ayant une nuance florale et citronnée », ce dont la plupart des petits agriculteurs éthiopiens n'ont aucune idée.

« On ne trouve jamais sur nos marchés locaux du café décrit d'une telle manière. Mais en fait, ces nuances citronnées proviennent de la source de la chaîne de valeur, de la terre même, des arbustes et des plantes qui produisent ce café. Alors, le défi que l'ECX doit relever en Éthiopie, en tant que mécanisme de commercialisation et de Bourse de marchandises, est d'arriver à partager la valeur ajoutée à la vente (…) avec ceux qui sont à l'origine de ces produits », à savoir les agriculteurs eux-mêmes.

À l'ECX, nous souhaitons « révolutionner l'agriculture éthiopienne et améliorer l'économie grâce à un système de commercialisation dynamique, efficace et transparent qui soit utile à tous et transforme les marchandises en ressources de grande valeur ». Si un produit de base, tel que le café, peut être « titrisé » de manière transparente, il devient une valeur active et chaque entrepôt où il est emmagasiné devient une banque.

Mme Gabre-Madhin a dit que les activités de l'ECX étaient certes liées aux agriculteurs, aux courtiers et aux exportateurs, mais « l'objectif fondamental est de prendre l'ensemble hétérogène de produits de base, de les normaliser et de les transformer en valeurs actives et en liquidités fongibles afin de fournir des financements aux agriculteurs qui s'en serviront pour améliorer leurs exploitations. En somme, les agriculteurs sont des hommes et des femmes d'affaires », a-t-elle affirmé.

Eleni Gabre-Madhin
Mme Eleni Gabre-Madhin est la fondatrice ainsi que la directrice actuelle de la Bourse de marchandises éthiopiennes.

Quel est l'effet de l'ECX sur l'économie éthiopienne ? Selon Mme Gabre-Madhin, l'ECX améliore la capacité concurrentielle du pays au regard des exportations, de même que l'agriculture locale parce que l'offre, la qualité et la livraison deviennent fiables. Cela signifie en outre qu'il y aura de meilleurs produits sur les marchés, que les revenus des agriculteurs augmenteront et que la sécurité alimentaire sera renforcée pour tout le monde.

L'ECX est une grande entreprise et non une organisation caritative. Alors qu'on parle beaucoup de bourses de valeur en Afrique, les bourses de marchandises jouent en effet un rôle beaucoup plus important sur le continent. « En Éthiopie, la valeur commerciale des cinq produits de base qui figurent dans les opérations de l'ECX cette année s'élève à 1,7 milliards de dollars », a souligné Mme Gabre-Madhin

Les secteurs afférents à la vente de ces produits de base, notamment les transports, la logistique, l'emballage, le financement, les banques, les assurances et les télécommunications, tirent eux aussi profit des opérations de l'ECX, a-t-elle expliqué. Ces transactions deviennent « un catalyseur de la croissance dans plusieurs secteurs de l'économie quand la Bourse des marchandises fonctionne correctement ».

Revenant sur les 16 premiers mois d'activité de l'ECX, Mme Gabre-Madhin a dit : « Nous avons commencé en avril 2008 et nous avons maintenant 450 membres. Les cinq produits de base qui figurent à l'ECX sont le maïs, le blé, les haricots, les graines de sésame et le café. »

Un dispositif national de paiement a été établi en collaboration avec sept banques pour les opérations qui portent sur quelque 150.000 tonnes de marchandises dans 14 entrepôts en Éthiopie. Des millions d'opérations sont effectués, et elles peuvent atteindre une valeur de 5 millions de dollars par jour, a dit Mme Gabre-Madhin à son auditoire composé d'investisseurs, de cadres, de chefs d'entreprises et de responsables de gouvernements. Les prix des marchandises et les données relatives aux transactions sont affichés en temps réel sur des tableaux électroniques dans 19 sites différents en Éthiopie et sur l'Internet, pour la communauté internationale.

« Le point principal à retenir dans tout cela est que n'avons pas eu une seule interruption du mécanisme d'échange en raison d'une défaillance quelconque du système. Il n'y a eu aucune transaction non exécutée, ni aucun défaut de paiement ou de livraison. Nous avons donc un système qui fonctionne bien et qui prouve qu'une Bourse de marchandises moderne peut être établie dans un pays en développement. »

Environ 850.000 petits agriculteurs éthiopiens, soit 12 % du total, collaborent avec l'ECX, ce qui a eu « un effet remarquable » au cours de cette première année. « Le nombre des visites sur notre site Internet est passé de 77 par jour, au cours des premiers mois, à 1.000 par jour actuellement » et nous fournissons maintenant les données de l'ECX au site Internet financier Bloomberg, a dit Mme Gabre-Madhin. Le site de l'ECX est le deuxième site Internet des Bourses d'Afrique sur Reuters, en termes de visites, juste derrière la Bourse de valeurs sud-africaine.

L'ECX est en train de changer les mentalités en Éthiopie en donnant de nouveaux espoirs aux gens, a affirmé Mme Gabre-Madhin. Ainsi, les petits agriculteurs de son pays, qui n'ont jamais reçu beaucoup d'éducation, s'inscrivent maintenant à des cours d'informatique afin de pouvoir vendre leurs produits sur les Bourses de marchandises dès que cela sera possible.

À l'avenir, l'ECX inclura d'autres marchandises dans ses opérations, de nouveaux services, entrepôts et tableaux d'affichage des prix dans les régions rurales, et cherchera à accroître le nombre de ses membres. Mme Gabre-Madhin a indiqué que l'ECX offrirait bientôt la possibilité de faire des transactions à terme, des forums pour les opérations sur les cafés spéciaux, et un système interactif de réponse vocale ; elle commencera aussi à diffuser les prix courants par SMS, le service de messagerie qui permet de transmettre de courts messages textes par téléphone portable.

Le Septième Sommet américano-africain des entreprises, qui s'est tenu pendant trois jours à Washington sous les auspices du Corporate Council on Africa (CCA), a réuni quatre chefs d'État africains et environ 1.500 délégués qui ont pris part à plus de 50 sessions portant sur des aspects spécifiques des relations d'affaires entre les États-Unis et l'Afrique. Le précédent sommet de la CCA s'était tenu en 2007 au Cap, en Afrique du sud.

(Les articles du «America.Gov» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

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