09 novembre 2009
D'anciens ambassadeurs des États-Unis la qualifient de pragmatique et de réaliste.

Washington - Des diplomates et des spécialistes de la politique des États-Unis à l'égard de l'Afrique ont loué la stratégie mise au point par le gouvernement Obama vis-à-vis du Soudan, affirmant qu'elle constituait une manière pratique de stopper la violence dans la région du Darfour et de sauvegarder l'accord de paix qui mit fin, en 2005, à 22 ans de guerre civile.
Quand la nouvelle stratégie avait été rendue publique le 19 octobre, la secrétaire d'État, Mme Hillary Rodham Clinton, avait déclaré : « Elle reflète le sérieux qu'accorde le gouvernement à ce dossier qu'il considère comme urgent et le consensus à tous les niveaux sur les moyens de relever les défis compliqués qui empêchent le règlement de la crise au Darfour et l'entière application de l'Accord de paix global (CPA de son sigle anglais). »
Parmi les éléments clés du CPA : le partage du pouvoir au niveau national pendant six ans entre le Nord, à majorité musulmane, et le Sud, à majorité chrétienne ; une distribution égale des revenus pétroliers ; et la tenue d'un référendum au Sud-Soudan en 2011 sur la question de la sécession de cette région.
La stratégie du gouvernement Obama préconise un dialogue plus approfondi entre les États-Unis, leurs partenaires internationaux et le Soudan visant à convaincre ce dernier de ne plus appuyer les attaques dans la région du Darfour, mais visant aussi à encourager la mise en vigueur du CPA tout en faisant pression sur les autorités soudanaises pour qu'elles renforcent leur lutte contre le terrorisme. La stratégie comprend aussi l'éventualité de sanctions si des progrès ne sont pas accomplis selon certains critères qui demeurent classés secrets à l'heure actuelle.
L'ancien secrétaire d'État adjoint aux affaires africaines dans le gouvernement du président George Bush père, M. Herman Cohen, a fait les louanges de la nouvelle stratégie, déclarant à America.gov : « Le gouvernement Obama a adopté une politique très pragmatique à l'égard du Soudan. » Pour cet ancien diplomate de carrière, la principale priorité des États-Unis au Soudan est actuellement de promouvoir « l'entière application de l'Accord de paix global de 2005 entre Khartoum et l'Armée populaire de libération du Soudan dans le Sud (...) pour qu'un référendum libre et équitable puisse avoir lieu en 2011 au Sud-Soudan ». M. Obama a raison « de rappeler à Khartoum sa responsabilité à l'égard de l'application réussie du CPA », a dit M. Cohen. « Le gouvernement des États-Unis continuera à faciliter le processus de transition et à jouer un rôle de médiateur, mais si Khartoum sabote le CPA, les États-Unis renforceront leurs sanctions contre ce régime. »

Pour sa part, la représentante permanente des États-Unis à l'ONU, Mme Susan Rice, a qualifié la nouvelle stratégie de « judicieuse, ferme et équilibrée » lors d'un point de presse au département d'État, le 19 octobre à Washington. J'espère, a-t-elle dit, que le gouvernement de Khartoum est conscient de la nécessité d'agir d'urgence parce que « depuis des années, les voies qui mènent à la paix ont été parsemées de promesses faites et d'engagements pris par le gouvernement du Soudan mais jamais respectés ».
M. David Shinn, qui a été ambassadeur des États-Unis en Éthiopie au milieu des années 1990, s'est lui aussi félicité de la stratégie Obama. Dans un entretien accordé à America.gov, il a dit que « ce nouveau plan reconnaît correctement plusieurs faits incontestables : tout d'abord, que les progrès dans l'application de l'Accord de paix global entre le sud et le nord du pays sont, pour le moins, aussi importants que le règlement de l'impasse au Darfour pour les États-Unis. Je crois qu'en 2009, il y a eu plus de décès dus à la violence dans le Sud-Soudan qu'au Darfour. »
M. Shinn a ajouté : « Deuxièmement, si vous voulez parvenir à des résultats significatifs, vous devez travailler avec le gouvernement soudanais et pas seulement avec les autres parties. Si Khartoum contribue à la réalisation de progrès appréciables en vue de l'application du CPA et du règlement au Darfour, il serait important alors que les États-Unis reconnaissent ces progrès. En revanche, s'il n'y a pas de progrès de la part de Khartoum, les États-Unis pourront toujours se replier sur la politique négative d'isolement. »
Au regard des progrès qui doivent être accomplis, le président Obama avait déclaré dans son communiqué du 19 octobre sur la nouvelle stratégie : « Si le gouvernement soudanais prend des mesures pour améliorer la situation sur le terrain et pour promouvoir la paix, des incitations lui seront offertes ; dans le cas contraire, il fera l'objet de pressions accrues de la part des États-Unis et de la communauté internationale. »
M. Shinn a fait remarquer que « la nouvelle politique reconnaît l'importance de la coopération dans le domaine du contreterrorisme dans les relations entre les États-Unis et le Soudan, bien qu'elle minimise la collaboration des dernières années de Khartoum ».
M. Steve Morrison, qui est premier vice-président du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), et Mme Jennifer Cooke, directrice de son programme Afrique, ont récemment publié une étude qui reflète le sentiment de nombreuses organisations non gouvernementales qui se félicitent de l'importance accordée au multilatéralisme dans la nouvelle stratégie. Cette position des États-Unis « les rapprochent beaucoup plus de celle de leurs principaux partenaires internationaux qui se préoccupent du Soudan - le Royaume-Uni, l'Union européenne, le Canada, la France et leurs partenaires clés en Afrique - et cela ouvre la voie à une collaboration plus étroite et éventuellement à un consensus avec la Chine et d'autres principales puissances mondiales », ont-ils indiqué dans leur rapport.
M. Morrison et Mme Cooke soulignent que la notion de collaboration, qui entre dans le cadre des efforts du gouvernement Obama de mettre l'accent sur une diplomatie « plus judicieuse » tournée vers le multilatéralisme, « a aussi l'avantage de renforcer la crédibilité et l'efficacité de toute pression que les États-Unis décideraient de faire sur des acteurs soudanais clés ».
(Les articles du site «America.Gov» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)